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Novembre 2008
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Les TI et l’environnement : réduire la consommation électrique

Il y a à peine dix ans, il aurait été risible de prétendre que les TI pouvaient avoir une incidence nette sur l’environnement. Cependant, les choses changent en raison de la consommation électrique qui augmente de façon vertigineuse dans les centres de traitement des données et du volume croissant des rebuts.

par Jacob Stoller

Bon nombre d’entreprises de haute technologie, notamment Microsoft, Google et Yahoo, implantent des centres de données à proximité de grosses centrales énergétiques. Cela nous ramène au début des années 1900 : à l’époque, les grandes exploitations manufacturières énergivores installaient leurs usines dans des régions productrices d’énergie, comme celle des chutes Niagara. À la différence qu’aujourd’hui, ce sont les parcs de serveurs qui consomment autant d’énergie que les aciéries.

La poussée de la consommation électrique du parc informatique touche les entreprises à plusieurs niveaux. Selon une étude menée par Jonathan Koomey de l’Université Stanford, de 2000 à 2005, la consommation des centres de données a doublé. Pour sa part, la société The Gartner Group, spécialisée en recherche sur les TI, prévoit que dès 2008, la moitié des centres de données existants ne disposeront pas de suffisamment d’énergie pour faire fonctionner et refroidir leurs systèmes; leurs projets d’expansion se heurteront donc à des obstacles sérieux.

C’est ce qui explique la nouvelle approche adoptée par les dirigeants d’entreprise. Jorg Heinemann, associé principal dans les secteurs de l’électronique et des technologies de pointe chez le géant mondial de l’expertise-conseil en gestion Accenture, dirige les initiatives d’expertise-conseil en matière de technologie propre. « Il est clair que l’enjeu des changements climatiques et de leurs incidences sur notre secteur d’activité ne se limite plus à une simple responsabilité morale, ni à se demander ce que nous pouvons faire pour notre planète, explique-t-il. On a vraiment assisté à un changement des perceptions au cours des 6 à 12 derniers mois. Les décideurs n’en sont plus à se demander s’ils sont disposés à faire leur part; ils devront dorénavant passer à l’action. »

Les meilleures pratiques

Évidemment, toute réduction de consommation électrique se traduit par un bénéfice immédiat. « Je crois que l’an dernier, à l’échelle mondiale, on a consacré 56 milliards de dollars aux serveurs des centres de données, dont 29 milliards de dollars en coûts d’énergie pour faire fonctionner et refroidir ces installations », poursuit Jorg Heinemann. Autrement dit, les entreprises consacrent déjà l’équivalent de la moitié de leurs budgets de matériel informatique aux coûts d’électricité. Et selon Jorg Heinemann, « cette tendance s’accentuera à mesure que les micropuces deviendront de plus en plus rapides ».

Les économies d’énergie ne consistent pas tant à réduire la puissance du traitement informatique qu’à trouver des façons plus efficaces de la générer. Certes, les TI et les technologies des télécommunications contribuent déjà à diminuer considérablement la consommation d’énergie grâce au télétravail et à la téléconférence. Le défi, selon Jorg Heinemann, est de trouver « une façon d’obtenir plus de puissance par watt d’énergie consommée ».

Le recours à des technologies d’alimentation et de refroidissement plus efficientes est une priorité. Une autre pratique exemplaire consiste à concentrer les charges de traitement des centres de données sur un plus petit nombre de serveurs. « On assiste à une virtualisation des serveurs, explique Jorg Heinemann. Je peux facilement déplacer mes applications d’un appareil à l’autre afin de faire une utilisation plus efficiente des serveurs qui les prennent en charge. Je peux ainsi atteindre un taux moyen d’utilisation de l’ordre de 80 % dans l’ensemble de mon centre de données, plutôt que des taux de 20 à 30 %, qui sont courants aujourd’hui dans la plupart des entreprises. »

La consommation cachée

Au niveau des ordinateurs de bureau, les entreprises tentent de s’attaquer à ce qu’il est convenu d’appeler la consommation cachée, soit l’énergie utilisée pour que des appareils électroniques tels que les serveurs de PC, les imprimantes réseau et les photocopieurs restent disponibles. « Bon nombre de ces appareils sont dotés de ce qu’on appelle le mode veille, explique Ivor d’Cunha, cofondateur du cabinet d’expertise-conseil torontois Leapfrog Energy, mais ce que bien des gens ignorent, c’est qu’ils continuent de consommer la même quantité d’énergie que s’ils étaient en mode de fonctionnement normal.

Dans la plupart des bureaux, les économies réalisables sont considérables. « Chez l’un de mes anciens employeurs, explique Ivor d’Cunha, on avait réussi à évaluer avec précision le nombre d’ordinateurs qui restaient toujours en marche. Je crois que nous avons estimé que de 60 à 70 % des ordinateurs du bureau n’étaient jamais éteints. Nous avons alors mis en route une campagne de sensibilisation demandant aux utilisateurs d’éteindre leurs ordinateurs quand ils n’en avaient pas besoin. »

Vu qu’un ordinateur personnel moyen consomme l’équivalent de deux ampoules de 60 W, il est clair que ce genre de mesure peut avoir au moins le même effet que le remplacement d’un grand nombre d’ampoules à incandescence par des lampes fluorescentes.

De l’aide pour le bureau à domicile

L’adoption de ces pratiques s’effectue sans heurts, mais peut nécessiter une certaine éducation. « Les appareils comportent de nombreuses fonctions d’économie d’énergie, explique Ivor d’Cunha, mais bien des gens ne les utilisent pas. Il subsiste encore une croyance selon laquelle si l’on éteint son ordinateur, il utilise plus d’énergie chaque fois qu’on le remet en marche. À cause de ce mythe sans fondement, beaucoup de gens laissent fonctionner leurs ordinateurs toute la nuit. »

Évidemment, les mesures d’économie d’énergie doivent être déployées en combinaison avec des procédures réseau automatisées, comme l’installation des mises à jour de sécurité sur chacun des ordinateurs personnels. Il est possible que les administrateurs réseau doivent effectuer une certaine reprogrammation. Par contre, les TI peuvent aussi jouer un rôle proactif. « Les administrateurs réseau ont aussi la possibilité de paramétrer eux-mêmes les fonctions d’économie d’énergie à la place de l’utilisateur », souligne Ivor d’Cunha.

Ceux qui exploitent un bureau à domicile peuvent aussi faire leur part. Ainsi, les petits transformateurs noirs qui alimentent votre portable ou votre imprimante consomment de l’énergie tant qu’ils restent branchés. « Pour ma part, j’en dénombre 6 ou 7 ici même, dans mon bureau, affirme Ivor d’Cunha, et si on les touche, on sent qu’ils dégagent de la chaleur. C’est donc signe qu’il se perd beaucoup d’énergie au niveau de ces transformateurs. »

La solution est assez simple. « Parmi mes recommandations aux clients, je suggère l’utilisation d’un bloc d’alimentation à prises multiples, poursuit-il. On en trouve couramment chez Canadian Tire ou Home Depot. Vous y branchez tous vos appareils et, à la fin de la journée, il suffit d’appuyer sur le commutateur pour couper le courant. »

Version 4.0

Une autre recommandation consiste à acheter des appareils plus écoénergétiques. Selon Ivor d’Cunha, il suffit de choisir des appareils conformes à la norme Energy Star. Ce programme d’efficacité énergétique institué par les États-Unis et auquel participe le Canada renferme des normes d’efficacité énergétique applicables à bon nombre d’appareils domestiques et de bureautique, y compris les ordinateurs. D’ailleurs, une nouvelle version (4.0) de la norme Energy Star applicable aux ordinateurs doit entrer en vigueur en juillet 2007.

Les fabricants peuvent annoncer la conformité à la norme Energy Star et le programme dresse aussi une liste des appareils conformes. Parmi les critères de certification, citons le taux de rendement du circuit d’alimentation (80 %) et la faible consommation de l’appareil lorsqu’il passe en mode veille (15 W).

Cette norme pourrait cependant ne représenter qu’une première étape. En effet, on mène actuellement plusieurs recherches en vue de développer des améliorations qui vont au-delà du programme Energy Star — par exemple, la mise au point d’une fonction de veille à très faible consommation qui maintiendrait la présence réseau de l’appareil. Compte tenu de la sensibilisation grandissante aux économies d’énergie, on peut s’attendre à ce que l’efficacité énergétique devienne un facteur de différenciation chez les fabricants d’ordinateurs personnels.

Or ces fabricants ont aussi un autre défi environnemental à relever, à savoir ce qu’il advient de leur matériel lorsque celui-ci arrive au terme de sa vie utile. L’obsolescence accélérée des produits électroniques contribue à remplir les lieux d’enfouissement à un rythme alarmant — Industrie Canada estimait en 2003 qu’on mettrait aux rebuts 140 000 tonnes de ce matériel par année au Canada. Une bonne part de ces rebuts sont toxiques et l’on n’a pas encore trouvé la façon de s’en débarrasser en toute sécurité. Nous aurons toutefois l’occasion d’y revenir dans le prochain numéro.

Jacob Stoller (jacob@stollerstrategies.com) est un auteur et chercheur indépendant établi à Toronto.

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