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Août-Septembre 2010
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Une transition vers le privé?

Selon un rapport récent de l’Institut C.D. Howe, des changements importants s’imposent à Postes Canada. Mais est-ce bien la solution pour les entreprises canadiennes?

par John Cooper

Si un jour, les recommandations formulées dans une récente étude commanditée par l’Institut C.D. Howe, de Toronto, sont adoptées, les enveloppes cachetées et affranchies à vos bureaux pourraient ne plus être livrées par les facteurs de Postes Canada, mais par une ou plusieurs sociétés commerciales du secteur privé.

L’étude, intitulée Rerouting the Mail: Why Canada Post is Due for Reform, a été produite pour l’institut d’études et de recherches sans but lucratif sur les politiques économiques par les professeurs de droit Edward Iacobucci et Michael Trebilcock de l’Université de Toronto et par Tracey Epps de l’Université d’Otago.

Selon ce rapport, Postes Canada est un anachronisme et doit être remplacé : la privatisation améliorerait son rendement devant les défis que posent la communication par Internet, l’accroissement de la concurrence à l’échelle nationale et internationale, et les services et la logistique de pointe des détaillants.

Le rapport recommande une transition modérée vers la privatisation par laquelle le gouvernement fédéral mettrait graduellement en place une déréglementation favorisant la concurrence. Cette déréglementation permettrait à Postes Canada de faire face aux coûts qu’entraînerait la modification de son personnel grâce aux acquisitions et à la réduction naturelle des effectifs.

Les auteurs affirment qu’un service postal inefficace comporte des coûts d’opportunité importants pour la société en général et citent les résultats positifs obtenus dans des pays qui ont ouvert la livraison postale à la concurrence, comme les Pays-Bas, l’Allemagne et la Nouvelle-Zélande. Toujours selon les auteurs, dans de nombreux pays de l’Union européenne, les forces concurrentielles découlant de réformes ont mené à une amélioration marquée des délais de livraison du courrier et d’autres indicateurs de la qualité du service. En Nouvelle-Zélande, là où le vent de la libéralisation économique a soufflé le plus fort, la proportion de lettres livrées le lendemain est passée de 88 % en 1988 à 97 % à l’heure actuelle.

Une solide feuille de route

Certes, Postes Canada a essuyé quelques épreuves, qu’il s’agisse du scandale des dépenses excédentaires de 2 millions de dollars de son ancien président, André Ouellet (qui a démissionné de son poste en 2004), ou du soidisant avantage inéquitable dont dispose la société d’État sur les services de livraison du secteur privé. La question des entreprises internationales de réexpédition — qui recueillent le courrier au Canada et l’envoient dans d’autres pays, où il est trié et réexpédié à moindre coût — a été un sujet brûlant d’actualité récemment. En outre, la société d’État a poursuivi en justice le secteur privé afin de conserver son droit exclusif de ramasser, de distribuer et de livrer le courrier, sur la base de sa propre « obligation de service universel ». Postes Canada a également fait l’objet de poursuites de la part d’entreprises de messagerie comme UPS et FedEx. Enfin, au niveau de la population, le prix des timbres ne cesse d’augmenter.

Malgré ces ombres au tableau, Postes Canada a obtenu de bons résultats au cours des dernières années. En 2005, la société a enregistré un bénéfice pour un onzième exercice de suite. La même année, elle a traité 11,1 milliards d’envois (colis et lettres) pour 31 millions de Canadiens à 14 millions d’adresses et pour 1 million d’entreprises et d’organismes publics. Avec ses 23 centres et installations et ses 71 000 employés à temps plein et à temps partiel, Postes Canada vient au 41e rang parmi les grandes entreprises canadiennes et au sixième rang parmi les plus gros employeurs du pays.

Ses produits d’exploitation sont passés de 5,4 milliards de dollars en 2004 à 5,6 milliards en 2005. Pour l’exercice 2005, la société a dépensé 2,8 milliards de dollars en biens et services, créant 30 000 emplois additionnels dans des secteurs connexes. Son rapport annuel de 2005 fait état d’un rendement de 96 % pour la livraison de la Poste-lettres dans les délais impartis. La société possède plus de 90 % du service de messagerie Purolator et a mis en œuvre de nombreuses innovations, dont la création de « postel », qui permet à ses clients d’acheminer des factures et des relevés.

Les opposants

Pourtant, certains critiquent Postes Canada. La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) est l’une des organisations qui considèrent que Postes Canada mène la barque depuis trop longtemps. Corinne Pohlmann, directrice des affaires nationales de ce groupe de revendication pour les petites entreprises, qui compte 105 000 membres, est résolument en faveur d’un grand nombre des recommandations du rapport.

Selon elle, « la FCEI estime que les entreprises du secteur privé devraient pouvoir faire concurrence à Postes Canada afin que les Canadiens aient différentes options de livraison pour leur courrier. Nous croyons que Postes Canada ne devrait pas posséder un monopole d’une part et avoir le droit de concurrencer le secteur privé d’autre part, comme elle le fait dans les domaines du commerce électronique et des services de messagerie. En fait, Postes Canada tente d’empêcher des entreprises de réexpédition internationales qui sont établies au Canada depuis plus de vingt ans de poursuivre leurs activités. Ce n’est pas juste, elle ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre. »

Les dirigeants de Postes Canada ont refusé de commenter le rapport de l’Institut C.D. Howe, mais Anne-Marie Bouchard, conseillère principale en communications à Transports Canada (ministère dont relève Postes Canada), a déclaré que le rapport n’avait rien de préoccupant.

« Ce rapport porte principalement sur la privatisation, et le gouvernement n’a pas l’intention de privatiser Postes Canada, souligne-t-elle. Comme vous le savez, le gouvernement actuel s’est engagé à faire en sorte que les Canadiens continuent d’avoir droit à un service postal abordable. »

Les inconvénients

Alors, pourquoi ce rapport? Les auteurs signalent une diminution du volume de courrier (en raison des communications électroniques), une augmentation du nombre d’adresses postales (environ 240 000 adresses de plus par année), une formule de prix plafond qui limite les revenus, des problèmes de main-d’œuvre qui réduisent l’efficience et la productivité, la concurrence exercée par les entreprises internationales d’expédition et de messagerie et les obstacles auxquels se heurte l’industrie du transport, notamment la hausse du prix des carburants, les règles strictes en matière de sécurité et les changements de la taille de la flotte aérienne commerciale.

Finn Poschmann, directeur de la recherche à l’Institut C.D. Howe, affirme que l’objectif de l’étude était clair.

« Postes Canada a subi d’importantes transformations (visant à améliorer ses services), mais il s’agit encore d’un organisme gouvernemental qui détient un monopole attribué par la loi sur une importante part du marché. Il faut souligner que les innovations — dans les services électroniques et à la limite les options de livraison des colis — ont été apportées dans des créneaux où Postes Canada est exposée à la concurrence. Tant que Postes Canada demeure un organisme gouvernemental ayant un monopole prescrit par la loi, elle ne profitera pas des effets de la propriété (notamment sur la direction et la motivation du personnel) et de la concurrence. »

Selon le rapport de l’Institut C.D. Howe, un des inconvénients de la société d’État est le taux d’absentéisme de son personnel qui surpasse de 60 % le taux moyen au Canada en 2005, soit une moyenne de 16 jours par employé. De plus (comme le reconnaît Postes Canada dans son rapport annuel), le volume d’envois ordinaires par Poste-lettres continue de diminuer. Par exemple, en décembre dernier, Postes Canada a livré 900 millions d’envois, soit une baisse de 1 % par rapport à l’année précédente. 

Les temps changent

Finn Poschmann admet que la main-d’œuvre constitue un problème majeur (le Syndicat des travailleurs et des travailleuses des postes est fort, dispose de bons contacts et exprime avec conviction ses opinions), mais selon lui, « la réduction naturelle des effectifs et les acquisitions sont de bonnes choses, car il est possible d’en faire bénéficier le personnel. Les syndicats sont contre, mais c’est parce qu’ils défendent des intérêts institutionnels et non les intérêts des futurs employés. »

Les avantages se traduiront par « une meilleure utilisation des sources de capital et du personnel, ajoute-t-il. Pour le moment, on ne peut pas voir les conséquences de mesures de motivation plus fortes et l’incidence de la concurrence. »

Selon Corinne Pohlmann de la FCEI, le rapport indique qu’il est nécessaire d’ouvrir le service de livraison à la concurrence du secteur privé.

« Nous n’affirmons pas nécessairement que Postes Canada devrait être privatisée, mais ses services devraient pouvoir être offerts par le secteur privé, soutient-elle. Sincèrement, la dernière chose que nous souhaitons, c’est que Postes Canada soit privatisée, car elle deviendrait un énorme monopole privé. Nous voulons simplement que des entreprises du secteur privé puissent lui faire concurrence.

« Prenons par exemple les entreprises internationales de réexpédition. Elles offrent leurs services au Canada en concluant des contrats avec des entreprises et en offrant un service rentable. Tout un secteur de l’économie canadienne a été créé et, depuis un an ou deux, Postes Canada essaie de le faire disparaître. Certaines entreprises menacées de fermeture font partie de nos membres. Elles embauchent pourtant des Canadiens, créent des emplois et stimulent l’économie. Nous croyons que les temps changent, que les consommateurs cherchent de meilleures options et qu’il est temps que Postes Canada évolue en ce sens. » 

John Cooper est un rédacteur pigiste établi à Whitby (Ont).

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