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Août-Septembre 2010
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Les investisseurs courtisent de nouveau l’ours russe

Le commerce international avec la Russie constitue une intéressante énigme à percer. Mais le jeu en vaut-il la chandelle?

par John Cooper

Quand le marché russe s’est véritablement ouvert aux investisseurs occidentaux, on parlait alors de la nouvelle frontière du commerce. Cependant, pour beaucoup de gens, il n’a pas encore rempli ses promesses. Toute entreprise désireuse d’y faire des affaires devrait se préparer à faire face à l’imprévisible, à tout le moins.

Ces derniers temps, la Russie a pris des actions afin d’attirer l’attention de ses relations d’affaires internationales. Ainsi, le récent sommet du G8 présidé par le président russe Vladimir Poutine (et tenu à la mi-juillet) visait à accroître considérablement la visibilité de la Russie auprès de la communauté mondiale.

Selon Glen Hodgson, vice-président et économiste en chef du Conference Board du Canada, « le G8 était une occasion pour la Russie de regagner la confiance de ses interlocuteurs ».

Il serait juste de dire que les activités commerciales en Russie offrent un visage paradoxal où cohabitent le meilleur et le pire. Ainsi, à l’occasion du sommet du G8, la Russie, puissance énergétique qui comble le quart des besoins de l’Union européenne en gaz naturel, a ouvert l’accès de son secteur de l’énergie aux capitaux étrangers. Toutefois, à la même réunion, le pays a refusé de ratifier la Charte de l’énergie, cet ensemble incontournable de règles qui régissent le commerce des ressources énergétiques à l’échelle internationale. Par conséquent, les investisseurs se demandent où peut s’exprimer une intention commune dans un tel contexte.

Le point de vue des cyniques

Cette situation ambiguë n’empêche toutefois pas les entreprises canadiennes de se bousculer au portillon pour examiner d’éventuelles occasions d’affaires. D’après le site G8 du Canada, les dirigeants du G8 se sont exprimés vigoureusement. De son côté, le Canada a fixé des objectifs ambitieux concernant le Cycle de Doha pour le développement, ronde de négociations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en vue de réduire les entraves au commerce international et de mettre en place un système commercial plus équitable pour les pays en développement.

« À Saint-Pétersbourg, nous avons abordé des thèmes d’une importance primordiale pour la paix, la croissance, la santé et la prospérité mondiales », a déclaré le premier ministre Stephen Harper.

Ainsi, Petro-Canada a signé un protocole d’entente avec le géant russe de l’énergie Gazprom pour la conception et la construction d’une usine de liquéfaction des gaz dans la région de la mer Baltique près de Saint-Pétersbourg, en Russie. Il est aussi question d’un important projet de pipeline Canada-Russie qui passerait par Montréal et approvisionnerait les marchés nord-américains en gaz naturel russe.

Toutefois, il suffit d’une étincelle pour que le gaz explose et cette image symbolise peut-être la volatilité du monde des affaires en Russie, caractérisé par l’instabilité et l’incertitude. Ainsi, la suspension en janvier dernier des livraisons de gaz vers l’Ukraine, clairement en raison d’un litige sur les prix, a engendré des perceptions diverses : certains y ont vu un « simple différend d’ordre commercial », et d’autres l’ont interprétée comme une « punition visant à sanctionner les politiques étrangères de l’Ukraine », qui s’alignent de plus en plus sur les idéaux occidentaux.

Les entreprises nord-américaines faisant affaire avec la Russie ont souvent des péripéties à raconter — des cas d’ingérence de l’État et de corruption. De fait, on a récemment accusé les dirigeants du pays d’abandonner les valeurs démocratiques et de museler les médias russes.

Les espoirs des optimistes

Les optimistes espèrent en revanche que l’incertitude puisse devenir chose du passé; en effet, ce vaste pays riche en ressources naturelles, encore aux prises avec de graves problèmes sociaux, est peut-être aujourd’hui prêt à saisir les occasions qui s’offrent à lui. Maintenant remise de la crise financière de 1998, la Russie réinvestit dans ses principales entreprises et elle est considérée par Exportation et développement Canada (EDC) comme l’un des cinq marchés prioritaires du gouvernement fédéral.

L’avenir semble certes prometteur, et bien que la dépendance de la Russie à l’égard du pétrole entraîne parfois des perturbations économiques, la dette extérieure du pays est passée de 90 % en 1998 à 28 % cette année, et le taux de croissance de son PIB s’élève aujourd’hui à 6,7 %. Le pays affiche un PIB de 1,408 billion de dollars américains et un taux d’inflation de 13,1 %; outre les secteurs traditionnels comme le pétrole et le gaz, les mines, la foresterie et l’aérospatiale, on voit émerger d’autres secteurs importants comme l’agriculture, les matériaux de construction, l’industrie automobile, le commerce de détail et les biens de consommation.

De plus, l’expansion de la classe moyenne russe entraîne une plus grande demande de biens de consommation, d’automobiles et de produits de construction.

Dale Morris écrivait plus tôt cette année dans Exportateurs avertis, organe d’information de EDC sur les exportations : « L’incroyable transformation du pays, voilà ce que notent tous les gens d’affaires au retour d’un voyage à la Fédération de Russie. En se débarrassant de ses chaînes, la Russie est sortie de la récente période post-soviétique et cherche aujourd’hui à se moderniser. Ses structures politiques deviennent plus stables, sa macroéconomie est forte et son taux de croissance est impressionnant. »

Parmi les changements observés figurent une réforme du secteur bancaire, notamment par le biais d’améliorations apportées au rôle de surveillance du secteur bancaire de la Banque centrale russe et l’adoption de normes comptables bancaires internationales. Par ailleurs, la volonté de la Russie d’accéder à l’Organisation mondiale du commerce incite le président Poutine à se montrer de plus en plus réceptif aux débouchés commerciaux internationaux. Mais le président, qui jouit d’une cote de popularité élevée et qui a recentralisé plusieurs fonctions gouvernementales sous le couvert de la sécurité et de la stabilité, a lancé un avertissement avant le sommet de juillet : tout défaut de l’OMC à admettre la Russie dans ses rangs se traduirait par un recul commercial dans des secteurs clés comme les droits de propriété intellectuelle et le piratage des CD et des DVD.

L’engagement, un enjeu de taille?

De vagues mises en garde comme celle citée plus haut ont jusqu’à maintenant contribué à miner la confiance à l’égard de la Russie, et Dale Morris affirme que la bureaucratie de l’ère soviétique a laissé un héritage de corruption qui nuit au progrès tandis que de riches individus mettent la main sur de nombreuses entreprises d’État. Cette façon de faire vaut à la Russie une cote de 2,4 sur 10 et le 126e rang sur les 159 pays répertoriés dans l’indice de perception de la corruption que publie Transparency International, un organisme bénévole sans but lucratif qui informe les entreprises, les gouvernements et le grand public des effets de la corruption sur les marchés nationaux et internationaux.

L’activité commerciale entre le Canada et la Russie progresse néanmoins et EDC a rapporté que son propre volume de transactions commerciales est passé de 13 millions de dollars américains en 2003 à 501 millions de dollars américains en 2005. Les exportations canadiennes en Russie en 2005 ont augmenté de 50 % et dépassé les 600 millions de dollars, alors que les exportations de produits canadiens ont atteint près de 178 millions de dollars l’an dernier. Le Canada et la Russie ont en commun de vastes réserves énergétiques, et la Russie manifeste un intérêt pour la technologie canadienne dans les secteurs des mines, de l’habitation et de la construction, ainsi que pour le savoir-faire canadien en machinerie industrielle et en technologie agricole.

À quiconque souhaite établir des partenariats d’affaires en Russie, EDC suggère de procéder avec prudence et formule les recommandations suivantes dans son site Web (www.edc.ca) :

  • Engager sans tarder un bon avocat russe
  • Bien se renseigner sur le partenaire russe et s’assurer qu’il est crédible
  • Obtenir rapidement la collaboration du gouvernement fédéral russe et des administrations infranationales
  • Établir une présence locale pour comprendre le marché dans lequel on s’engage
  • Souscrire une assurance-risques politiques

Glenn Hodgson ajoute : « Il est essentiel d’établir un rapport de confiance durable. Il y a certainement beaucoup d’argent à faire en Russie, mais on peut s’interroger sur l’engagement à long terme de la Russie à poursuivre ses réformes et sur les possibilités pour les entreprises canadiennes de s’implanter sur ce marché. Même si la richesse nationale monte en flèche, l’espérance de vie est en déclin et bien des gens meurent à cause de l’alcoolisme et d’autres graves problèmes sociaux. En outre, la population [qui se chiffre maintenant à 144,1 millions d’habitants] diminue et on prévoit qu’elle chutera encore de 20 à 25 millions d’ici 50 ans.

« Il est difficile d’évaluer avec certitude l’ensemble des risques commerciaux. Vous pourriez tout aussi bien tomber sur le bon filon ou avoir une expérience épouvantable. On se croirait parfois revenu au temps du Far West. » 

John Cooper est un rédacteur pigiste établi à Whitby, en Ontario.

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