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Novembre 2008
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Moderniser la gestion gouvernementale au Yémen

Les CMA de Synerma participent à la modernisation de la fonction financière du gouvernement du Yémen

par Julie Demers

Bien que nous critiquions souvent la gestion gouvernementale du Canada, notre système est relativement évolué et la connaissance qu’en ont les comptables en management peut profiter à d’autres pays du monde entier.

Synerma, une firme de consultation canadienne qui compte environ une quinzaine de CMA établis à Toronto, Montréal et Hull, est un bon exemple d’entreprise qui transmet ses connaissances internes à l’étranger. Elle travaille depuis quelque temps déjà en étroite collaboration avec le gouvernement yéménite afin de moderniser le système financier de ce pays. Et ce n’est pas la première fois que cette société participe à des projets internationaux, particulièrement en raison de sa vaste expérience de la fonction financière auprès du gouvernement canadien. Ses activités au Yémen illustrent bien les défis de travailler dans un pays en développement et les fruits qu’on en récolte.

En effet, Synerma a déjà réalisé divers mandats à l’étranger, notamment pour le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, pour les gouvernements du Maroc et de l’Éthiopie, ainsi que pour des organisations françaises et américaines. Les associés œuvrent à l’extérieur du pays depuis longtemps.

« Le gouvernement canadien est relativement bien géré comparativement aux autres gouvernements du monde et il sert souvent de référence », explique Jacques Côté, CMA, FCMA et vice-président des opérations chez Synerma. Au cours de sa carrière, M. Côté a implanté avec succès de  nombreux systèmes financiers dans les agences centrales et dans des ministères fédéraux et  provinciaux. Il a d’abord passé vingt ans dans la fonction publique fédérale en tant qu’agent financier et directeur des finances. Il a également exercé les fonctions de vice-président, Service à la clientèle, dans une firme de développement de logiciels financiers au Canada et à l’étranger.

Grâce à ces antécédents, il était le candidat idéal pour coordonner l’implantation du nouveau logiciel financier du gouvernement du Yémen. « L’expé-rience que j’ai acquise en travaillant pour le gouvernement canadien est facilement exportable », affirme-t-il.

La République du Yémen est située dans le sud-est de la péninsule arabique, près du golfe d’Aden. La firme de consultants a obtenu le mandat par le biais de la Banque mondiale qui finance cette opération.

Il n’y a pas vraiment de recette miracle pour obtenir ce genre de mandat étranger. Il suffit de connaître les bonnes personnes et d’avoir une bonne réputation dans un domaine donné. Dans ce cas-ci, M. Côté a été approché par un de ses nombreux contacts d’affaires. Ce dernier travaille à la Banque mondiale à Washington et, connaissant le savoir-faire de M. Côté dans les systèmes financiers, il lui a offert de participer au projet.

« Pour aider les pays en développement à se sortir de la pauvreté chronique, la Banque mondiale a beaucoup investi dans leurs infrastructures et, ce faisant, elle s’est rendu compte qu’elle ne pouvait s’arrêter là », explique-t-il.

La Banque a trouvé qu’une des choses les plus efficaces qu’elle pouvait faire pour les pays auxquels elle apportait son aide était d’améliorer la gestion gouvernementale, surtout au niveau de l’imputabilité et de la reddition de comptes. L’aide que M. Côté fournit au gouvernement yéménite comporte différents volets. Son équipe et lui doivent entre autres moder-niser la gestion de la fonction publique, ce qui comprend l’implantation d’un logiciel financier et l’actualisation des méthodes de gestion de projets.

Un consultant canadien travaillait déjà avec le gouvernement du Yémen afin de monter un appel d’offres quand M. Côté s’est joint au projet, qui est mené en partenariat avec deux entreprises yéménites, soit Yemensoft et Computer Engineering World (CEW). Les logiciels financiers offerts par les firmes du Yémen — quoique généralement adéquats — comportaient des lacunes en comptabilité, en gestion de projets et en amélioration de la performance.

« Dans ce projet, nous apportons le cadre de gestion financière, le savoir-faire en gestion de projets et tout ce qui touche à l’imputabilité et à la compta-bilité gouvernementale “pure” comme la gestion d’encaisse ou de la trésorerie », note M. Côté, en précisant qu’il existe un besoin criant à ce niveau.

Les démarches de modernisation avaient été amorcées il y a environ deux ans; cependant, quand M. Côté est allé au Yémen l’été dernier, la mise en œuvre du projet n’avait pas encore vraiment commencé. Ce type de projet nécessite une longue préparation avant d’être mis de l’avant. « Nous sommes encore en phase préliminaire », explique-t-il. À l’étranger, en particulier dans les pays en développement, il faut prévoir plusieurs années avant de pouvoir songer à transformer le système financier. M. Côté souligne que pour réussir ce genre de travail, la patience est impérative.

« Avant d’accepter des mandats de ce genre, il est primordial de savoir que ce sont des dossiers qui ne se règlent qu’à très long terme », précise M. Côté, qui prévoit travailler avec le Yémen pendant encore au moins trois ans. Une des premières étapes qui demande énormément de patience et de temps est l’établissement d’une relation de con-fiance entre les parties. « C’est seulement lorsque la confiance s’est installée que l’on peut se parler davantage et avancer », soutient-il, en prenant soin d’ajouter que ce ne sont pas seulement les entrepreneurs étrangers qui sont méfiants mais bien tous les participants au projet.

Pour instaurer cette confiance, M. Côté est allé au Yémen et des représentants de ce pays sont venus visiter le Canada. Entre les visites, ils se sont parlé au téléphone et ont aussi communiqué par courriel. Vu que le Yémen est un pays musulman et que, là-bas,  la fin de semaine est le jeudi et le vendredi, au lieu du samedi et du dimanche comme au Canada, la semaine de travail où il est possible de collaborer compte seulement trois jours. Le décalage horaire de sept heures vient réduire davantage la fenêtre de communication, ce qui rend la phase préliminaire plus longue qu’elle ne le serait normalement.

Les diverses étapes entourant l’appel d’offres viennent de se terminer et lors de son dernier  voyage, le projet se préparait à démarrer. « Passer une commande pour des ordinateurs est une affaire d’environ 10 minutes ici, mais, au Yémen, il faut compter au moins trois mois », explique M. Côté. Tout prend du temps.

Le projet comprend l’achat d’ordinateurs et de logiciels, mais il inclut surtout beaucoup de formation. « Les personnes concernées passent d’un système où tout se fait sur papier — et ce, de façon limitée — à un système informatisé », déclare-t-il. Étant donné la pauvreté du pays, les lignes de communications et l’électricité sont pratiquement inexistantes à l’extérieur de la capitale, Sana’a, et de quelques grandes villes. M. Côté affirme que le gouvernement yéménite part de très loin et que l’adaptation doit se faire des deux côtés.

 « Nous devons tous nous adapter aux différences culturelles en plus d’avoir à nous adapter à la réalité de l’autre, explique-t-il. Dans notre démarche, nous ne pouvons nous attendre à les mener au XXIe siècle, ce serait irréaliste. » L’objectif initial devrait plutôt consister à les amener aux années 70. Ils pourront ensuite développer ces systèmes et se rapprocher des technologies que nous tenons aujourd’hui pour acquises.

En ce moment, la grande majorité des ministères yéménites ne se servent pas d’ordinateurs. M. Côté ajoute que dans la capitale, le gouvernement possède quelques ordinateurs qui lui permettent de communiquer avec la Banque mondiale pour obtenir ses paiements. Il note que la Banque centrale du Yémen, par exemple, est assez informatisée, mais que ce type d’institution fait partie des exceptions qui confirment la règle. Selon lui, le gouvernement préfère embaucher du personnel pour effectuer la plupart de ses tâches parce que les ressources humaines coûtent beaucoup moins cher que le matériel informatique. « Tout est relatif. Ici, nous remplaçons les gens par des ordinateurs parce que les salaires sont élevés », remarque M. Côté.

Les entreprises yéménites avec lesquelles travaille M. Côté sont très informatisées et performantes, ce qui contraste énormément avec le gouvernement, qui paye encore ses fonctionnaires en argent liquide. Ses partenaires commerciaux utilisent les mêmes suites de logiciels que lui et ces entreprises fonctionnent très bien. Ces collaborateurs s’occupent de plusieurs aspects du projet et M. Côté est satisfait des résultats jusqu’à présent. CEW fournit les ordinateurs et les périphériques nécessaires, tandis que Yemensoft se consacre aux logiciels avec l’aide de la firme de M. Côté pour qu’ils respectent les demandes de la Banque mondiale et les normes de comptabilité internationales. « Nous allons là-bas surtout pour effectuer un transfert de connaissances, et non pour les exploiter »,  fait-il valoir.

En effet, il souhaite que le gouvernement yéménite soit mieux équipé pour faire de la gestion de projet, de la gestion du risque, des suivis, etc.

Comme il ne peut travailler que quelques jours par semaine sur le projet du Yémen, ce n’est donc pas le seul dossier sur lequel œuvre M. Côté. Les mandats étrangers ne constituent pas la seule source de revenu de Synerma, de sorte que M. Côté et le reste de l’entreprise travaillent toujours à des projets touchant des entreprises canadiennes des secteurs public et privé, en particulier des entreprises dans les branches de la fabrication et des services.

En plus de gérer de nombreux mandats, il a trouvé le temps, en  2002-2003, d’être le président du Bureau de l’Ordre des CMA du Québec. M. Côté adore exercer sa profession et partager ses connaissances avec d’autres membres.

Julie Demers jdemers2000@hotmail.com est rédactrice en chef adjointe du magazine CMA Management.

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