Accueil     Contacts     Contenu rédactionnel     Publicité     Abonnement     Archives     Recherche     CMA Canada  
Dernier Numéro
Novembre 2008
Articles de fond Contenu   Imprimer le texte seulement

Cap surEco-Nova

Phil Sceviour, CMA, tient la barre des finances d’une société de production télévisuelle novatrice qui dévoile les mystères des profondeurs marines

par Robert Colman

Durant des centaines d’années, explorateurs, commerçants, aventuriers et armées ont sillonné les fleuves et les océans du monde entier. Beaucoup des navires qui les transportaient ont trouvé leur dernier repos au fond des eaux, demeurant à l’abri des regards pendant des décennies, sinon des siècles. Grâce à une entreprise de la côte Est, Eco-Nova Productions, et à une nouvelle technologie qu’elle a su exploiter, ces épaves sortent de l’ombre.

Eco-Nova part à la recherche de ces joyaux des fonds marins et en capture la magie sur film. Qu’il s’agisse des vestiges de flottes mongoles du XIIIe siècle ou du site de l’écrasement d’un bombardier Lancaster de la Seconde Guerre mondiale en Allemagne, Eco-Nova suit toutes les pistes. Elle nous invite à prendre part nous aussi à ces expéditions par le biais de l’émission télévisée The Sea Hunters (Chasseurs des mers). En outre, possédant un portefeuille de plus en plus diversifié d’entreprises et de partenariats, Eco-Nova est en voie de devenir un véritable géant de la production dont on entendra sûrement beaucoup parler.

Cofondée par John Davis en 1995, cette société de Halifax se spécialise dans la découverte, l’exploration et le récit de naufrages. Pêcheur de homards, M. Davis est devenu propriétaire de bâteaux et d’une usine de transformation du poisson. Devant le déclin de l’industrie de la pêche de l’Atlantique au cours des années 90, il a décidé que le temps était venu pour lui de réorienter sa carrière. Il s’est dit qu’il pouvait trouver d’autres utilisations à cette technologie de cartographie océanographique, si essentielle à la pêche moderne. Après tout, cette technologie, qui permet de sonder les fonds marins, de repérer les déplacements des poissons, les emplacements des pipelines et des câbles, peut aussi servir à localiser les bateaux naufragés.

Son entreprise a obtenu un premier contrat de Parcs Canada, à la forteresse de Louisbourg sur l’île du Cap-Breton, où elle a mis au point un programme de recherche archéologique sur épaves, comportant des ateliers d’étude et d’exploration des nombreuses épaves de la région. Afin d’attirer les écotouristes européens, l’entreprise a filmé ces explorations sous-marines, mais les images qu’elle en a tirées ont connu un tout autre sort. Elles ont servi à la réalisation, en 1996, d’un documentaire pilote intitulé Oceans of Mystery (Mystères des océans). Cette initiative a donné lieu à la production de 22 heures d’émissions à la télévision canadienne et de 26 demi-heures pour le réseau Discovery Channel International. Au cours des quatre années qui ont suivi, la série Mystères des océans a été diffusée dans plus de 130 pays.

Le financement des projets Folio

Phil Sceviour, CMA, s’est joint à l’entreprise en 1999 à titre de directeur administratif. Ses principales responsabilités étaient alors l’information financière et l’observation des règles fiscales. Comptant quatorze ans d’expérience comme vérificateur des comptes à l’Agence des douanes et du revenu (ADRC) et deux ans en tant que planificateur fiscal, il était la personne tout indiquée pour ce poste. « La combinaison de ma formation de CMA et de ma maîtrise en administration des affaires a joué un rôle inestimable dans ma vie professionnelle, car elle m’a ouvert les portes de deux nouvelles carrières et m’a donné les compétences nécessaires pour éviter les écueils qui guettent souvent une petite entreprise en plein essor. Le partenariat conclu entre CMA Nouvelle-Écosse et l’Université Saint Mary’s en 2002 en vue d’offrir ce programme jumelé me confirme que j’ai fait les bons choix. »

Depuis, ses responsabilités se sont accrues, tout comme sa connaissance du milieu de la télévision. Eco-Nova a été restructurée, deux actionnaires ont quitté et, en 2001, Sceviour en est devenu le directeur financier.

En 1999, MM. Davis et Sceviour ont lancé une autre série intitulée The Sea Hunters (Chasseurs des mers), qui est à l’antenne des réseaux National Geographic / History Television au Canada et National Geographic sur le marché international. L’entreprise a reçu un Prix du mérite à l’exportation de la Nouvelle-Écosse en 2002, John Davis est l’un des finalistes au titre d’entrepreneur de l’année du Canada atlantique en 2003 et Eco-Nova continue de diversifier ses activités.

En juin, Phil Sceviour s’est rendu au Festival du film de Banff pour évaluer s’il y avait un marché au pays et à l’étranger pour des documentaires d’animation que produit la société dans le cadre d’une jeune coentreprise appelée Ghostship Studios. Le premier film issu de ce partenariat avec Frank Forestall est un documentaire sur les fées intitulé Fairy Folio. Comme l’a expliqué M. Forestall lors d’entrevues précédentes, ce documentaire est animé parce qu’« il est très difficile de capter des fées sur pellicule ». Cette histoire de fées a été achetée par CTV et a suscité un vif intérêt. Aujourd’hui, Phil Sceviour consacre une bonne partie de son temps à la commercialisation de deux nouveaux projets dans la même veine, Dragon Folio et Giant Folio.

« Nous cherchons à éveiller l’intérêt des télédiffuseurs pour ces deux projets, précise M. Sceviour. Vu le cadre financier canadien, on ne peut rien faire tant qu’on n’a pas réussi à intéresser les télédiffuseurs. Une simple proposition pour une émission peut coûter entre 20 000 $ et 30 000 $ — il faut donc amasser cette somme, présenter le concept et bien évaluer les coûts de production. »

Le travail à plein temps : une priorité

Lorsque nous avons parlé à Phil Sceviour, après sa semaine à Banff, le directeur financier semblait un peu fatigué par toutes ces démarches internationales, mais il s’est empressé de parler du succès que connaît Eco-Nova depuis sa fondation. La série Chasseurs des mers, par exemple, entre dans sa quatrième année de production. L’entreprise a aussi créé Sonic Design, un studio de prise de son, et Open Road Productions, une entreprise qui assure des fonctions de direction photo, caméra et production pour les courts et les longs métrages.

« Nous sommes passés de 6 à 14 employés au cours des deux dernières années et Ghostship Studios emploie 15 autres personnes qui travaillent à Fairy Folio pour CTV », indique M. Sceviour. Ces chiffres ne sont peut-être pas énormes, mais nous sommes très fiers de pouvoir offrir à ces gens des emplois à plein temps.

« La stratégie que nous avons adoptée consiste à créer des postes à plein temps pour nos employés dans un secteur d’activité qui ne fonctionne habituellement que par contrats, explique Phil Sceviour. Cette continuité permet de constituer une équipe plus efficace et de réduire les coûts associés au roulement de personnel. De notre côté, nous devons générer assez d’activité de production pour garder tous les membres de l’équipe. »

Et il faut aussi consacrer des ressources considérables à la gestion financière et commerciale. Phil Sceviour y est parvenu habilement, en gardant les investisseurs satisfaits et en trouvant de nouveaux débouchés. « En investissant dans notre production, nous avons pu conserver une plus grande part de l’entreprise et du produit de ses ventes futures », indique-t-il. Mais, de façon générale, M. Sceviour préfère mettre la priorité sur ses employés  — sans conteste un élément primordial de son environnement de travail.

« La culture au sein d’Eco-Nova est impressionnante : les employés croient en notre vision, ils sont prêts à travailler de longues heures pour peaufiner les détails. Il suffit de regarder les gens qui sont ici. Notre premier employé, qui a commencé en 1997, est toujours avec nous, de même que beaucoup des membres de l’équipe de production du projet Mystères des océans. » Eco-Nova encourage ses employés à assumer des responsabilités supplémentaires, à accomplir des tâches diverses et à avancer au sein de l’organisation — comme l’a fait lui-même Phil Sceviour.

Une contribution canadienne

Phil Sceviour doit superviser un programme chargé qui nécessite beaucoup de déplacements et tout autant de préparation : une saison de Chasseurs des mers exige une année de planification et entre 12 et 15 mois de production. Malgré cette pression, il reste étonnamment calme.

« Pour réussir à bien maîtriser les finances à partir d’ici  tandis que nos employés parcourent les quatre coins de la planète, il faut pouvoir compter sur des personnes compétentes sur le terrain qui sont conscientes des contraintes budgétaires », indique-t-il. De toute évidence, il n’a pas d’inquiétude à ce sujet.

M. Sceviour a eu la chance de voir Eco-Nova explorer les sites où reposent les épaves du Bluenose et du Mary Celeste, de visiter les caves dans lesquelles Werner Von Braun a mis au point les fusées V1 et V2 utilisées contre la Grande-Bretagne durant la Seconde Guerre mondiale, et de filmer le croiseur allemand Dresden, le sous-marin U-21 de la Première Guerre mondiale et le navire Vrouw Maria qui contenait des trésors destinés à Catherine la Grande (exploration réalisée en collaboration avec le Musée maritime de Finlande). Mais Phil Sceviour est très heureux de suivre toute cette action depuis le confort de son domicile, où il vit avec sa femme et ses deux enfants. Lorsqu’il ne s’occupe pas des finances, des ressources humaines et du marketing d’Eco-Nova, il effectue ses propres explorations. M. Sceviour est un amateur de randonnées en motocyclette et la Piste Cabot est l’un de ses lieux d’excursion préféré.

Certains membres de l’équipe de production d’Eco-Nova pourraient probablement travailler plus près de chez eux dans un proche avenir. Sans dévoiler les détails, Phil Sceviour laisse entendre que le prochain projet de l’entreprise pourrait être une nouvelle série « produite localement ».

Quoi qu’il en soit, l’émission Chasseurs des mers restera probablement le plus beau fleuron d’Eco-Nova. Comme le dit Phil Sceviour, c’est bien plus qu’une simple émission de télévision : « Nous exportons le savoir-faire canadien en archéologie marine dans le monde entier ».

Haut