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Articles de fond Grâce à sa formation de CMA, à un lucratif contrat de distribution et à la recette secrète de sa mère, Sharon Beasley estparvenue à se faire un nom dans l’industrie du biscuit par Robert Colman
Mme Beasley est bien placée pour apprécier la qualité d’un bon biscuit. « Quand j’étais enfant, nous ne mangions jamais de produits de pâtisserie achetés au magasin », note-t-elle. Voilà pourquoi elle a décidé de lancer sa propre gamme de biscuits, qu’elle a appelée Mrs. Beasley’s Cookies en hommage à sa mère. « Nous voulons offrir aux consommateurs la qualité artisanale d’autrefois », a-t-elle expliqué à Management depuis sa biscuiterie à Halifax. Aujourd’hui, grâce à de lucratifs contrats de distribution avec Club Price et Sobeys, ses produits sont vendus sur toute la côte Est, et des projets d’expansion vers l’ouest et le sud devraient la propulser à la tête d’un véritable empire du biscuit. L’esprit d’entreprise Quand Sharon Beasley a fondé sa propre entreprise, il y avait déjà longtemps qu’elle y rêvait. Néanmoins, elle a dû travailler douze ans dans le secteur bancaire avant de pouvoir se lancer en affaires et faire ce qui lui plaisait vraiment. « Tout de suite après avoir terminé mon baccalauréat en commerce à l’Université de Toronto, j’ai travaillé chez Canada Trust au service des prêts aux grandes entreprises, puis j’ai rempli des fonctions de gestion financière au Crédit Suisse où je m’occupais de planification stratégique et de rentabilité client, précise-t-elle. Lorsque j’ai été engagée au Crédit Suisse, on m’a demandé où je souhaitais me retrouver cinq ans plus tard. J’ai répondu que j’espérais alors diriger ma propre entreprise. Il m’aura finalement fallu deux ans de plus pour y arriver. » Au mois d’août 1996, Mme Beasley déménage en Nouvelle-Écosse avec sa fille de trois ans. « Durant mon enfance, j’avais passé de nombreux étés sur la côte Sud de la Nouvelle-Écosse et j’avais vraiment envie de retourner vivre là-bas. Je savais que ce serait plus facile d’y lancer une entreprise et d’y vivre confortablement que ce ne l’aurait été à Toronto, déclare-t-elle. Il aurait aussi été plus difficile de quitter un emploi sécuritaire et bien rémunéré pour partir en affaires dans la même ville. » Le démarrage de son entreprise ne s’est pas passé exactement comme elle se l’était d’abord imaginé. « J’espérais devenir grossiste de manière à ne pas avoir à travailler selon des horaires fixes et à pouvoir passer plus de temps avec ma fille. C’était un peu naïf de ma part. » En effet, la première année, pour remplir ses commandes, Sharon Beasley loue un espace dans une pâtisserie déjà établie, commençant ses journées de travail à une heure ou deux heures du matin lorsque les propriétaires ont terminé. À l’époque, ses clients sont pour la plupart des établissements — des hôpitaux, des universités et des écoles. Sa liste de clients l’aidera considérablement quand viendra le temps de s’adresser aux banques pour financer ses propres installations. « Nous avions des clients dont les capacités de paiement inspiraient confiance à la banque », observe-t-elle. Depuis, Sharon Beasley finance sa croissance en réinvestissant ses profits dans son entreprise, par du financement par actions et par des emprunts effectués dans le cadre de programmes de prêts aux petites entreprises. L’investissement s’est révélé très rentable. Mme Beasley fabrique maintenant vingt et une variétés différentes de biscuits et emploie sept employés à plein temps et neuf employés à temps partiel. Les biscuits sont expédiés à de gros clients comme les magasins Costco et Sobeys à la grandeur de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick et de l’Île-du-Prince-Édouard. Le sens des affaires La popularité de ses produits tient au goût d’antan qu’ont ses biscuits et à l’utilisation exclusive d’ingrédients de qualité — sans additifs ni agents de préservation. Le succès de l’entreprise repose sur une gestion stratégique éclairée. Sharon Beasley a obtenu son titre de CMA en 1991 et elle estime que les connaissances acquises dans le cadre du programme qu’elle a suivi lui ont été d’une aide précieuse pour bâtir son entreprise. « Il y a deux ans, des études des temps de tâches m’ont permis d’analyser nos résultats financiers afin de déterminer si nous étions dans les normes du marché pour notre secteur d’activité et voir comment nous pourrions améliorer notre délai de production, poursuit-elle. Aujourd’hui, les normes du marché servent de repères pour tout ce qui se fait dans l’entreprise au cours d’une journée. J’ai constaté que le prix de certains de nos produits était trop bas et que nous devions être plus efficaces sur certains plans. Maintenant, nous arrivons à produire un plus gros volume avec moins de main-d’œuvre qu’il y a deux ans. Pour cette raison et pour plusieurs autres encore, si nous sommes toujours là aujourd’hui, c’est grâce à ma formation de CMA. » Depuis le printemps 2002, quand Sharon Beasley a conclu le contrat de distribution avec Sobeys pour les provinces de l’Atlantique, l’entreprise a subi une importante transformation. Autrefois axée sur des activités de marchandisage direct qui se traduisaient par d’incessantes démarches à la grandeur de la province afin d’obtenir une quelconque reconnaissance, la société bénéficie aujourd’hui d’une solide représentation dans une grande chaîne d’épicerie. Mme Beasley considère cette étape comme un tremplin vers des horizons encore plus vastes. « Aujourd’hui, Sobeys constitue l’un de mes plus grands défis, indique-t-elle. Je vois grand, et je veux que cette chaîne de magasins prenne un risque avec moi. Maintenant que nos produits sont distribués par Sobeys dans les provinces de l’Atlantique au Canada, nous pouvons facilement envisager de faire la même chose au Québec, en Ontario et aux États-Unis. » Sharon Beasley essaie aussi d’établir des relations avec deux autres distributeurs au Canada, Atlantic Wholesalers (Loblaws) et Coop Atlantique. Dans ses efforts pour étendre ses activités au-delà des limites de la côte, elle travaille à mettre au point un nouvel emballage pour des biscuits fins et à établir différents niveaux de prix pour le nord-est des États-Unis et l’ensemble du Canada. « Les produits fins pour le marché américain constituent en ce moment mes meilleures perspectives commerciales, dit-elle. Il s’agit du marché le plus prometteur au sud de la frontière. J’investis actuellement la majeure partie de mes efforts dans le développement de nouvelles occasions d’affaires comme celles-là. » La biscuiterie... une activité parmi plusieurs autres Grâce au savoir-faire commercial de sa propriétaire, Mrs. Beasley’s Cookies n’est pas connue que des amateurs de biscuits. En 2000, Agriculture et Agro-alimentaire Canada ont souligné la qualité de sa vision et de son plan d’affaires. Mais Sharon Beasley soutient qu’il n’y a pas de recette magique au succès de son entreprise. « Je me contente de préparer un plan d’affaires réaliste chaque année. » Malgré le rythme effréné qu’impose la gestion de sa société, Sharon Beasley trouve encore du temps à consacrer à sa fille et à sa communauté. À la tête du programme de consultation de l’école de sa fille, elle préside aussi l’association des gens d’affaires de sa région : « Notre communauté regroupe un grand nombre de familles établies de longue date, unies par de véritables liens, mais nous avons aussi des quartiers défavorisés, précise-t-elle. Nous essayons d’obtenir qu’une commission se penche sur la création d’entreprises dans notre région et nous avons mis sur pied Open for Business pour la collectivité, un centre qui offre des services et conseils aux jeunes entrepreneurs. » Outre ces nombreuses occupations, Mme Beasley est administratrice au sein de l’Association canadienne des cadres des services alimentaires et elle est responsable de la commandite pour le congrès national de cette association qui se tiendra à Halifax en juin prochain. Sharon Beasley prononce aussi des allocutions au Centre des femmes d’affaires de l’université Mount Saint Vincent et elle agit à titre de conférencière invitée dans des cours de finance offerts à des étudiants du département d’écologie humaine — essentiellement des cours de gestion destinés aux diététistes. Si les biscuits Mrs. Beasley’s Cookies ont obtenu jusqu’ici un vif succès, Sharon Beasley connaît néanmoins toutes les embûches possibles associées à la création d’une entreprise. Deux facteurs sont à l’origine des échecs commerciaux : les limites que se met un entrepreneur et l’incapacité à reconnaître ses faiblesses personnelles. « Je crois que les gens se fixent souvent des bornes avant même de lancer leur entreprise parce qu’ils croient qu’il y a des limites à ce qu’ils peuvent accomplir. Tout entrepreneur qui débute doit prendre conscience que chacun a ses points faibles, mais qu’il est possible de surmonter ses faiblesses. « Il est dangereux de ne pas reconnaître ses lacunes. Si on n’en prend pas conscience, on risque de se retrouver à céder une partie de son entreprise. Par exemple, mon point faible est le marketing. Je ne dis jamais que je suis douée pour cela, mais je garde malgré tout un œil sur la façon dont les activités de marketing sont menées. Souvent, les entrepreneurs peuvent perdre le contrôle de leur situation financière parce qu’ils n’arrivent pas à reconnaître qu’ils ont besoin d’aide. » À coup sûr, Sharon Beasley a les commandes de son entreprise bien en main. Et jusqu’à maintenant, ses délicieux produits maison lui ont fait connaître le plaisir du succès. Il est à souhaiter qu’elle continue d’y goûter encore longtemps. Robert Colman est rédacteur en chef du magazine Management. |