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Chroniques Le pour et le contre des fonds de travailleurs par Andrew Rickard
Les gestionnaires et les distributeurs des quelque 50 fonds de travailleurs du pays espèrent que les consommateurs répondront avec enthousiasme par l’affirmative à cette question au cours de la prochaine période de cotisation au REER. En raison des généreux avantages fiscaux accordés par les autorités fédérales et provinciales, de nombreux épargnants qui optent pour les fonds de travailleurs obtiendront un remboursement représentant 70 % à 75 % de leur mise de fonds initiale. Mais avant de s’y engager, les Canadiens devraient savoir pourquoi cette formule de placement a été améliorée. Mis sur pied par des organismes syndicaux (d’où l’appellation de fonds de travailleurs), ces fonds sont gérés par des spécialistes à la manière des fonds communs de placement, à ceci près qu’ils ont le mandat de procurer des capitaux pour le démarrage ou l’expansion de petites entreprises, surtout des sociétés fermées, dans le but de créer des emplois et de favoriser la croissance économique régionale. Comme bon nombre de nouvelles entreprises échouent ou survivent de peine et de misère au cours de leurs premières années d’existence, la probabilité d’essuyer des pertes est élevée pour le détenteur de parts d’un fonds de travailleurs. C’est là qu’intervient l’attrait de la carotte. Pour encourager les Canadiens à investir dans ces petites entreprises, tant les autorités fédérales que provinciales offrent de séduisants avantages fiscaux, applicables à un placement annuel maximal de 5 000 $. Le gouvernement fédéral accorde un crédit d’impôt de 15 % sur ce type de placement. Les autorités provinciales consentent de leur côté un crédit équivalent ou même supérieur, selon la province et le fonds concerné. En Ontario, par exemple, un fonds de travailleurs considéré aussi comme un fonds de placement axé sur la recherche vaudra à l’épargnant un crédit d’impôt supplémentaire de 20 %. Si l’on y ajoute la déduction fiscale normalement associée aux cotisations à un REER, on comprend comment les promoteurs de fonds de travailleurs arrivent à capter l’attention de l’épargnant moyen avec une promesse de « rendement garanti de 75 % » sur la mise de fonds initiale : Placement dans un fonds de travailleurs : 5 000 $ Moins 15 % de crédit d’impôt fédéral : 750 $ Moins 20 % de crédit d’impôt de l’Ontario : 1 000 $ Moins 40 % pour la cotisation à un REER* : 2 000 $ Coût réel du placement : 1 250 $ *selon un taux d’imposition marginal de 40 % Mais ce n’est pas tout. Il y a aussi l’augmentation du plafond de biens étrangers détenus dans un REER, qui est normalement fixé à 30 % de la valeur comptable des titres. Des modifications contenues dans le budget de 2000 permettent maintenant aux épargnants d’accroître la proportion de biens étrangers de leur REER de 3 $ pour chaque dollar placé dans une « petite entreprise admissible », jusqu’à un maximum de 50 % du portefeuille. Autrement dit, un placement de 5 000 $ dans un fonds de travailleurs permet d’investir pour 15 000 $ de plus en biens étrangers. Larry Stubbs, planificateur financier agréé et analyste financier agréé qui enseigne la planification financière au British Columbia Institute of Technology, s’inquiète du fait que de nombreux épargnants acquièrent des parts de fonds de travailleurs sans une étude sérieuse. « Si le placement ne semble pas intéressant, alors évitez le fonds, avertit Stubbs. Les crédits d’impôt ne doivent pas influer sur votre décision. » Il fait remarquer que ces crédits ne s’expliquent pas par la générosité du fisc, mais par une compensation des risques accrus. « Comme pour tout placement, soyez vigilant. Prenez le temps de vous renseigner sur le fonds et sur son gestionnaire. Assurez-vous qu’il connaît son boulot. » Outre qu’ils doivent faire face à des risques accrus, les détenteurs de parts de fonds de travailleurs doivent acquitter des frais de gestion plus élevés. Généralement, le ratio des frais de gestion d’un fonds d’actions oscille autour de 2,5 %, tandis que dans le cas de certains fonds de travailleurs, il atteint 5 % et même 6 %. Les gestionnaires de ces fonds justifient ces frais plus élevés par les recher-ches supplémentaires que nécessitent les placements dans des sociétés fermées œuvrant dans de nouveaux secteurs, comme la biotechnologie et les produits pharmaceutiques. Malheureusement, dans bien des cas, les rendements à ce jour ne justifient pas ces coûts supplémentaires. En fait, le rendement moyen des fonds de travailleurs canadiens n’a rien de mirobolant : il s’est établi, pour l’ensemble du secteur, à -1,65 % pour les cinq dernières années, tandis que l’indice canadien des titres de petite capitalisation BMO-Nesbitt Burns a progressé de 11,90%1 au cours de la même période. Mais ceux qui, découragés, souhaitent retirer leurs billes du jeu ne sont pas au bout de leur peine. Si les fonds sont retirés dans les huit ans qui suivent le placement, l’épargnant devra rembourser une partie ou même la totalité des crédits d’impôt et pourrait même devoir payer des frais de sortie. Aïe! Malgré tout, certains fonds ont affiché des résultats exceptionnels : ainsi, le Working Opportunity Balanced Fund et le Dynamic Venture Opportunities Fund de Colombie-Britannique ont respectivement progressé de 7,11 % et 15,85 % pour les cinq dernières années. Il n’en reste pas moins que les hauts et les bas des fonds à capitaux de risque (ce que sont les fonds de travailleurs en réalité) ne conviennent pas aux épargnants frileux. L’important, c’est de s’assurer que le fonds répond aux besoins de l’épargnant et n’est pas qu’un moyen de profiter des crédits d’impôt ou d’augmenter le plafond de biens étrangers. Mais, comme pour les bons vins, la modération a bien meilleur goût : selon Stubbs, dans un portefeuille équilibré, les parts de fonds de travailleurs ne devraient pas dépasser 5 % à 10 % de l’ensemble des placements. « Il ne faut pas s’emballer », prévient-il. Andrew Rickard (andrew.rickard@sympatico.ca), planificateur financier agréé, est un journaliste pigiste établi à Toronto. 1 Tous les rendements mentionnés dans l’article sont établis au 30 septembre 2003. |