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Août-Septembre 2010
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Le regain du Japon

C’est le moment de saisir les occasions qui se présentent là-bas, alors que l’économie du pays tourne de nouveau à plein régime.

Le Japon est de retour. Le plus important marché d’exportation du Canada en Asie connaît la deuxième expansion la plus longue de son histoire. À la fin du mois d’avril, la reprise économique du Japon avait égalé en durée la bulle de 51 mois enregistrée à la fin des années 1980, et elle se rapproche maintenant du boom Izanagi allant de 1965 à 1970, sa période d’expansion la plus longue depuis la Deuxième Guerre mondiale. Bien que les taux de croissance annuelle du PIB ne soient pas comparables (le taux de 1,7 % depuis 2002 est bien inférieur à la croissance annuelle de 5 % durant la bulle des années 1980), la performance actuelle met en évidence un fait simple mais crucial : la puissante économie japonaise est relancée. Et les entreprises qui ne voient pas ce changement pourraient bien s’en mordre les doigts plus tard.

Un chef de file en matière d’innovation

Les perspectives économiques du Japon se sont constamment améliorées au cours des deux dernières années. La restructuration progressive dans les secteurs public et privé au cours de la dernière décennie porte maintenant ses fruits. Le PIB a crû de 2,7 % en 2005, et l’on prévoit une croissance supérieure à 3 % en 2006, rythme comparable à celle du PIB canadien.

La déflation semble tirer à sa fin, les dépenses des particuliers ont augmenté au cours des quatre derniers trimestres, et les investissements sont en hausse depuis près de deux ans. Le taux de chômage a glissé à 4,1 %, les salaires ont commencé à augmenter dans les grandes entreprises et l’embauche de nouveaux diplômés devrait progresser d’au moins 20 % pour la troisième année consécutive. L’actif financier des ménages a atteint un record de 1,5 quadrillion de yens (mille trillions, ce qui correspond à 14,5 trillions de dollars canadiens), et on s’attend à un accroissement des bénéfices des entreprises japonaises pour une cinquième année consécutive. Tous ces indices confirment que la croissance actuelle est durable et réelle.

Bien qu’il soit beaucoup question de la vigueur économique de la Chine, les entreprises canadiennes ne devraient pas négliger la force commerciale du Japon dans l’ensemble de l’Asie. Les énormes investissements étrangers directs du pays et ses technologies de pointe constituent l’assise des réseaux de production, de vente et de distribution de l’Asie orientale et jouent un rôle important dans l’essor économique de la Chine. Au cours des vingt dernières années, les entreprises japonaises ont déménagé une bonne partie de leurs activités de fabrication simples à l’étranger. Mais pour protéger leur propriété intellectuelle, elles continuent de produire leurs modèles les plus perfectionnés au pays. En outre, certaines entreprises japonaises contrôlent — souvent discrètement, pour réduire les réactions défavorables au minimum — de nombreuses entreprises asiatiques qui font partie du cycle de fabrication de produits japonais. Ainsi, bien qu’une part importante de la fabrication japonaise soit impartie, les activités de conception, de génie et de prise de décision de premier plan demeurent au Japon.

À l’échelle planétaire, le Japon occupe toujours l’avant-scène dans des secteurs de pointe comme les sciences biologiques, les techniques énergétiques, certains domaines de la nanotechnologie et de l’écotechnologie, et réalise d’importants progrès en matière d’aéronautique, de technologie de la pile à combustible et de cellules solaires. Chef de file mondial dans le secteur des jeux électroniques et de l’animation, il représente près de 30 % du marché de l’animation. Ce pays est également le plus important fabricant et consommateur de robots industriels et personnels à l’échelle mondiale, et il investit massivement dans la commercialisation de l’innovation scientifique.

Un marché favorable

Entre 1996 et 2005, le gouvernement japonais a engagé environ 395 milliards de dollars canadiens dans la création d’une économie axée sur le savoir. Le ratio recherche-développement/PIB a été égal ou supérieur à 3,3 % depuis 2003, chiffre dépassant nettement celui d’autres pays industrialisés. Lancé en 2006 et assorti d’un budget d’environ 200 milliards de dollars canadiens, son troisième plan de base en sciences et technologie est axé sur la transmission des connaissances et la commercialisation. Cet investissement, ainsi qu’une série de réformes visant à favoriser la collaboration des universités et de l’industrie, portent leurs fruits. Selon la revue scientifique Nature, le Japon a largement surpassé les États-Unis quant au nombre de demandes de brevets déposées en 2005.

Le Canada est actuellement sous-représenté sur le marché important, complexe et novateur du Japon. Les ventes de produits et de services d’entreprises canadiennes sur le marché japonais se chiffrent à environ un milliard de dollars canadiens par mois, mais elles pourraient être beaucoup plus élevées selon Joseph Caron, ambassadeur du Canada au Japon. Les mutations récentes de l’économie japonaise ont fourni des occasions supplémentaires aux entreprises internationales à la fois en matière de ventes de produits et services et de sources d’idées commerciales et de produits. Le gouvernement du Japon a cerné un certain nombre de secteurs susceptibles d’enregistrer une forte croissance, dont les technologies de l’information (TI), les communications ainsi que la santé et le bien-être. Dans le secteur des TI, d’une valeur de 1,4 trillion de dollars canadiens, le Japon constitue l’un des marchés les plus actifs, les plus créateurs et les plus favorables, particulièrement pour ce qui concerne la téléphonie mobile, Internet et les applications commerciales des TI.

Le « commerce du vieillissement » constitue un autre secteur dynamique dans une société dont la population vieillit plus rapidement qu’ailleurs. Ce marché englobe les systèmes de contrôle de la santé à domicile, l’alimentation (l’Association japonaise des aliments pour bébés s’intéresse maintenant aux aînés), le tourisme et les appareils d’exercice, les vêtements et une vaste gamme d’autres produits et services destinés aux personnes âgées. Les modifications réglementaires, la simplification du processus d’approbation de nouveaux produits et un nouveau régime d’assurance de soins de longue durée offrent de nouvelles occasions d’affaires aux entreprises étrangères et intérieures qui œuvrent dans ce domaine. Le désir des Japonais d’adopter un mode de vie sain a suscité un intérêt accru à l’égard des aliments-santé (comme les produits biologiques), des loisirs, des services axés sur le mode de vie, des produits de beauté et des articles connexes. 

La reprise économique du Japon s’est produite pendant que Junichiro Koizumi occupait le poste de premier ministre, bien que le train de mesures de la réforme ait été en grande partie mis en œuvre avant son arrivée au pouvoir. Néanmoins, on le considérera probablement comme un chef réformiste qui a sorti le Japon de la stagnation. Son départ prévu en septembre jettera une ombre d’incertitude politique sur les perspectives économiques du pays. Cependant, il serait étonnant que son successeur pose des actions qui nuiraient à cette vigoureuse reprise.

Publié précédemment dans le Asia Pacific Bulletin, un commentaire hebdomadaire produit par la Fondation Asie Pacifique du Canada, centre d’études et de recherches indépendant sur les relations du Canada avec l’Asie. On peut se procurer d’autres exemplaires du Asia Pacific Bulletin à l’adresse www.asiapacificbusiness.ca/apbn/bulletin.cfm 

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