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Août-Septembre 2010
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Percées mondiales

Des entreprises canadiennes saisissent des occasions d’affaires et font la promotion de leur savoir-faire, de leur technologie et de leur bonne volonté dans les points chauds du globe. L’appui soutenu de ces initiatives par le gouvernement fédéral contribue à multiplier les débouchés.

par John Cooper

Tim Hortons est probablement l’exportation la plus visible du Canada en Afghanistan. Mais à l’exception du café et des Timbits servis à l’aéroport militaire canadien,  à Kandahar, le pays est strictement interdit à la majorité des entreprises canadiennes. Pour des raisons de sécurité, c’est le cas depuis plusieurs mois, signale Andrew Hannan, un porte-parole de Commerce international Canada. Cependant, la situation ne durera pas.

En mars, l’Agence canadienne de développement international (ACDI) du gouvernement fédéral a annoncé que le Canada maintiendra le financement destiné au développement de l’Afghanistan à 100 millions de dollars pour 2006-2007, une nouvelle qui a été bien accueillie par tous ceux qui reconnaissent que le Canada doit demeurer présent dans ce pays déchiré par la guerre. Depuis 2001 et jusqu’en 2009, l’engagement du Canada s’élève à plus de 650 millions de dollars, et à long terme, les retombées seront avantageuses pour les entreprises canadiennes qui joueront un rôle dans la reconstruction du pays. En plus de maintenir la paix, des Canadiens participeront à des travaux de reconstruction dans plus de 11 000 villages afghans.

« Nous finançons de grands programmes comme le Programme de stabilisation de l’Afghanistan, par lequel le gouvernement veut étendre sa présence administrative dans les provinces en développant l’infrastructure gouvernementale, les bâtiments publics et les palais de justice, et en formant des fonctionnaires pour qu’ils puissent élaborer et dresser des plans de développement provinciaux plus tard », avance Yannick Hingorani, porte-parole de l’ACDI.

Appui des premiers intervenants

Des entreprises canadiennes font également une percée importante dans d’autres points chauds de la planète, dont l’Inde, le Sri Lanka, Haïti et l’Indonésie, en saisissant des occasions d’affaires et en faisant la promotion du savoir-faire, de la technologie et de la bonne volonté du Canada.

La ville de Banda Aceh en est un bon exemple. Située sur la pointe nord de l’île de Sumatra, elle a été durement frappée par le tsunami qu’un tremblement de terre a provoqué le 26 décembre 2004. Il s’agit de la région asiatique qui a été la plus sévèrement touchée, avec 200 000 décès et le déplacement de plus de 430 000 habitants.

Le Canada a réagi rapidement et « s’est empressé de consacrer 47 millions de dollars aux secours d’urgence et 40 millions de dollars à des projets de reconstruction à Aceh, affirme l’ambassadeur du Canada, H.E. Randolph Mank. Notre stratégie de reconstruction vise à rétablir le gouvernement local et à permettre aux habitants de retrouver des moyens de subsistance ».

À Haïti, le Canada s’est engagé à consacrer 33 millions de dollars aux travaux de reconstruction. On projette notamment la construction des institutions publiques du pays, pour lesquelles on a fait appel aux talents de 250 Canadiens, ainsi que des travaux axés sur l’eau potable, la protection de l’environnement et les soins de santé.

Les entreprises canadiennes désireuses d’offrir leurs produits et services aux centres de crise internationaux sont encouragées par le gouvernement fédéral à se tourner vers l’Organisation des Nations Unies (ONU). L’ONU joue un rôle prépondérant à titre de premier intervenant dans les cas de catastrophes naturelles (inondations, séismes et ouragans) ou de situations d’urgence complexes résultant de conflits politiques violents qui engendrent des troubles économiques et sociaux, tous deux à l’origine d’importants déplacements de population.

L’ONU assure la coordination des initiatives de développement et de l’aide humanitaire, et dépense plus de 7 milliards de dollars américains annuellement pour l’achat de produits et services par l’intermédiaire de   20 organismes, dont plusieurs sont très connus, comme le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).

Options offertes

Le Service des délégués commerciaux du Canada aide les entreprises canadiennes à commercialiser des produits et services auprès d’organismes de l’ONU. Il fournit des études sur les marchés étrangers et les secteurs d’activité, des contacts, des conseils sur des affaires complexes ainsi que de l’aide pour l’organisation de voyages d’affaires à l’étranger.

Selon des représentants de l’ACDI et du Service des délégués commerciaux, le gouvernement fédéral collabore avec le milieu de l’aide internationale pour assurer une intervention rapide en cas de catastrophe. Il est essentiel de comprendre les besoins de la région touchée par une catastrophe et d’intervenir rapidement et efficacement en acheminant de l’aide à la population dans les meilleurs délais. Les travaux de reconstruction débutent dès que la région est stabilisée. Le gouvernement fédéral collabore avec six organismes de l’ONU, 200 organisations non gouvernementales internationales et d’autres gouvernements. Selon le Service des délégués commerciaux, le marché de l’aide internationale est évalué à 4 milliards de dollars américains, et jusqu’à 70 % de cette somme est dépensée dans les zones sinistrées ou à proximité de celles-ci.

Voici certains des organismes relevant du gouvernement fédéral :

  • le Groupe de travail sur la stabilisation et la reconstruction d’Affaires étrangères Canada, chargé d’évaluer l’ampleur des crises internationales et de coordonner l’action du gouvernement du Canada face à celles-ci;
  • le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, qui agit comme intermédiaire entre les travaux effectués dans la zone sinistrée, les médias et la collectivité;
  • l’Agence canadienne de développement international (ACDI), qui fournit du financement aux organisations non gouvernementales dans la zone sinistrée, et
  • le ministère de la Défense nationale, qui coordonne l’envoi des secours.

En novembre dernier, une délégation canadienne de passage à Banda Aceh a constaté les résultats de travaux de reconstruction dirigés par Forestry Innovation Investment Ltd. (FII). Cet organisme du gouvernement de la Colombie-Britannique, qui représente les principaux fabricants de produits du bois, a financé la construction de dix maisons à ossature de bois destinées à des sinistrés de Banda Aceh, faisant ainsi la démonstration de la technologie de construction canadienne et participant aux travaux afin d’accélérer la reconstruction de logements dans la région.

En 2005, le chef de la direction de FII, Ken Baker, a dirigé une délégation de cadres de FII et de représentants du secteur afin de voir ce que l’industrie pouvait offrir à la région. À la suite d’une consultation avec le gouvernement fédéral et de l’embauche d’un spécialiste pour la mise sur pied d’un programme, l’équipe a saisi l’occasion de faire la démonstration de la technologie canadienne de construction à ossature de bois.

« Nous avons rencontré un certain nombre de fonctionnaires indonésiens et quelques représentants des grands organismes d’aide sur le terrain », explique Ken Baker. FII est parvenue à vaincre les réticences locales à l’égard de la technologie de construction à ossature de bois — on croyait généralement que le béton serait plus solide — en citant les expériences positives de propriétaires de maisons à ossature de bois situées au Japon dans des zones sujettes aux tremblements de terre.

À Banda Aceh, FII et ses entreprises membres ont fabriqué des maisons de démonstration en morceaux coupés, faciles à bâtir; ils ont expliqué la technologie de construction et ont montré aux gens sur place comment assembler des maisons à ossature de bois.

Un protocole d’entente a été signé et « le programme de formation a constitué l’argument déterminant de l’entente, ajoute Ken Baker. Cette formation s’est révélée aussi importante que les matériaux en soi. Les habitants veulent pouvoir acquérir les compétences pour construire des structures durables. Nous avons consacré d’énormes ressources dans le domaine du génie à l’élaboration de la technologie et des normes relatives aux maisons à ossature de bois ».

La vigueur de l’économie et la quasi-inexistence de logements à ossature de bois en Indonésie créent des débouchés pour les membres de FII, lance Ken Baker. « Les travaux de reconstruction liés au tsunami ont une durée limitée. Nous désirons vivement créer une culture de construction à ossature de bois en Indonésie et susciter une demande. Ce marché dépend de la demande et non de l’offre. Nous voulons qu’ils constatent les avantages de notre produit. »

Appui en matière de gestion des affaires

Toujours à Banda Aceh, les Manufacturiers et Exportateurs du Canada (MEC) ont créé le projet de Participation de l’entreprise privée (PEP), une initiative de 10 millions de dollars, pour mener à bien des travaux de reconstruction. Ce projet prévoit la création d’un programme de microcrédit et d’un centre pour venir en aide aux petites et moyennes entreprises, en particulier celles dirigées par des femmes.

Selon Sol Kimsa, porte-parole des MEC, le projet a nécessité un capital de démarrage de 1 million de dollars de l’ACDI, une contribution de 120 000 dollars de Manulife Indonesia ainsi que l’ouverture d’un centre d’aide aux entreprises, « sans compter le financement de l’assistance technique nécessaire (gestion des affaires, marketing, génie et comptabilité) en vue de remettre sur pied les entreprises et de résoudre les problèmes posés par un marché en mutation. L’équipe du PEP a réussi à s’adjoindre des intervenants du milieu possédant une bonne expérience en gestion des affaires afin d’obtenir davantage de financement dans la région et de contribuer à l’essor des entreprises ».

De concert avec les MEC, l’entreprise canadienne de génie-conseil McElhanney Consulting Services Ltd. a prêté main-forte à deux entreprises de taille moyenne du secteur du bâtiment.

« McElhanney participe au volet gestion des terres à Aceh dans le cadre du programme de relance et de réinstallation, explique John Blair, vice-président de la géomatique chez McElhanney. Nous sommes là depuis environ sept mois et nous voulons assurer une présence soutenue pendant un certain temps. »

Et en Afghanistan? Bien que les beignes et le café continuent de figurer au menu des soldats, « Commerce international Canada n’encourage pas les entreprises canadiennes à se rendre en Afghanistan à l’heure actuelle », déclare Andrew Hannan. Mais cela changera lorsque le pays sera stable.

John Cooper est un rédacteur-pigiste établi à Whitby (Ontario).

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