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Chroniques Le nouveau bureau d’Entreprise autochtone Canada à Yellowknife ouvre de nouveaux débouchés aux entrepreneurs autochtones. par John Cooper Vous avez envie d’une expédition en kayak dans le Nord canadien, vous caressez le rêve de pagayer sur des cours d’eau sauvages ou d’affronter les rapides de la rivière des Esclaves dans les Territoires du Nord-Ouest? Keith Morrison, propriétaire de Slave Kayak Lodge, peut vous servir de guide. Le patron de cette petite exploitation touristique en pleine expansion affirme qu’il n’aurait pas pu fonder son entreprise sans l’aide d’Entreprise autochtone Canada (EAC), d’Industrie Canada. Doté d’un budget de 49 millions de dollars, cet organisme du gouvernement fédéral a récemment élargi son champ d’action pour inclure les Territoires du Nord-Ouest (T.N.-O.). Son réseau de bureaux couvre le pays et compte des CMA, des comptables agréés et des bacheliers en commerce; il aide depuis 15 ans des entrepreneurs autochtones, comme M. Morrison, à lancer leur entreprise. Tirer parti de ses succès Le nouveau bureau de Yellowknife vient enrichir le réseau d’activités locales à travers tout le pays. Il permet aux entrepreneurs autochtones admissibles d’avoir accès aux programmes d’investissement dans divers domaines, notamment le tourisme, la fabrication, l’innovation et l’entrepreneuriat chez les jeunes. Il vient aussi en aide aux petites et moyennes entreprises qui participent à certains projets de développement régional. L’organisme continue dans la foulée de ses succès passés. Depuis 1999, il a investi plus de 2,8 millions de dollars dans 65 projets de développement des entreprises autochtones des T.N.-O., projets qui ont entraîné un investissement total d’environ 17,8 millions de dollars dans le secteur privé autochtone des T.N.-O. L’ouverture du nouveau bureau est une décision judicieuse, car les T.N.-O., région de 1,2 million de kilomètres carrés qui compte 41 500 habitants (dont 60 % sont des autochtones), connaissent une des plus fortes croissances au Canada, notamment dans le secteur des ressources naturelles. Par exemple, l’extraction de diamants, amorcée il y a dix ans, est d’ores et déjà une importante industrie minière sur la scène mondiale; et dans quelques années, les T.N.-O. produiront 15 % des diamants de la planète, ce qui crée des emplois directs et indirects et apporte des millions de dollars dans l’économie locale. David Grindlay, directeur administratif de Northwest Territories Tourism, organisation qui fait la promotion du tourisme dans les T.N.-O., affirme que « l’économie locale est en pleine expansion ». Et l’industrie du tourisme, qui a souffert des attentats du 11 septembre 2001, s’est bien remise en selle. Dans ce secteur, signalons l’observation d’aurores boréales qui revient en force. Une récente campagne de promotion touristique de 700 000 $ menée au Japon a entraîné une augmentation de 11 % des touristes japonais. Ceux-ci sont des inconditionnels du Nord, les T.N.-O. accueillant en moyenne 14 000 touristes japonais par année, prêts à injecter des fonds dans l’économie locale. Radek Bandzierz, directeur des Services généraux d’EAC, fait valoir que le nouveau bureau de Yellowknife mise vraiment sur le succès d’un modèle performant et complet. « Nous estimons que nous avons au gouvernement un modèle de prestation vraiment unique » qui comprend 11 bureaux régionaux et satellites à travers tout le pays, explique M. Bandzierz. « Nous avons aussi 15 bureaux de prestation externe, intégrés aux communautés autochtones et dans des régions éloignées comme l’île Manitoulin et Goose Bay. Notre personnel vit et travaille dans ces régions. » Les représentants de l’organisme restent dans la communauté, font la promotion du programme et aident les entrepreneurs locaux à établir leur plan d’affaires. Des solutions de rechange sont mises en place en certains endroits dont Iqaluit, capitale du Nunavut, où une somme globale est attribuée à l’expansion des entreprises locales. On vise à étudier et à approuver les projets rapidement en vue d’encourager le démarrage d’entreprises. « Nous avons également un autre modèle, soit le Conseil national de développement économique des Autochtones, nommé par le conseil des ministres », ajoute M. Bandzierz. Le Conseil se compose de 16 membres, dont 15 sont des autochtones, ce qui est essentiel étant donné qu’ils connaissent bien les besoins de leur communauté. Excellente communication EAC a vu le jour en 1989 et depuis sa création, il a investi 665 millions de dollars dans 16 000 entreprises, ce qui s’est traduit par un investissement total de plus de 1,8 milliard de dollars dans les entreprises autochtones. Aujourd’hui, il existe plus de 27 000 entreprises appartenant à des autochtones en activité au pays. Le Canada compte près de un million d’autochtones, dont plus de la moitié proviennent des Premières nations, le reste étant des Inuits, des Métis et des communautés mixtes. Afin d’accroître l’efficacité de son programme, l’organisme a mené une étude approfondie au cours des deux dernières années. Il a élargi ses critères d’admissibilité, accepté un plus grand nombre de candidats au financement et prolongé de 30 à 36 ans l’âge limite de sa définition de jeune entrepreneur, explique M. Bandzierz. En s’entretenant avec des professionnels et des parties prenantes en matière de prestation de services, l’organisme s’est rendu compte qu’il devait assouplir certaines conditions, particulièrement dans les domaines du tourisme et des projets innovateurs plus risqués. Il est ouvert à pratiquement tous les projets rentables orientés vers le tourisme. Il peut s’agir de restauration, d’écotourisme ou d’activités comme celles de Keith Morrison. M. Morrison, ingénieur de profession, cherchait depuis des années à fonder sa propre entreprise. « J’amène les gens ici, je les héberge et je les guide. Et bientôt, j’offrirai des excursions de rafting et de kayak de mer, ajoute-t-il. Je fais de la publicité à l’échelle internationale et j’ai mon propre site Web. » Son entreprise possède un terrain de deux acres comprenant des tipis, un sauna, une tente-pavillon et un spa, ainsi que plus d’une douzaine de kayaks. M. Morrison compte deux employés et pourrait en embaucher quatre ou cinq de plus l’année prochaine. Il ajoute qu’il a apprécié les rapports entretenus par EAC avec les organismes de financement provinciaux et territoriaux. Prenant note du commentaire, M. Bandzierz confirme que le programme doit son succès à l’excellence des rapports à l’échelle locale. « [Comme entrepreneurs], nous ne fixerons assurément pas de limites quant aux champs d’activité, dit-il. Lors de la dernière séance de révision de nos politiques, nous avons examiné un vaste éventail d’occasions d’affaires régionales (dans les T.N.-O.). Nous nous sommes rendu compte que certains projets régionaux pouvaient tirer profit d’une association avec des entreprises œuvrant dans l’exploitation des diamants et dans l’industrie gazière et pétrolière. » Résultats encourageants Avec un fonds de 39 millions de dollars, auquel s’ajoutent 10 millions de dollars pour le fonctionnement et un effectif de 100 personnes, EAC mesure son succès au taux de survie de ses entrepreneurs, explique M. Bandzierz. Actuellement, ce taux est supérieur de 5 % à la moyenne nationale de survie des petites entreprises (en activité cinq ans après leur création) qui est de 65 %. Un nouveau programme de mentorat associant de jeunes entrepreneurs et des gens d’affaires à la retraite est mis sur pied au Manitoba, en Saskatchewan et en Ontario — et s’annonce très prometteur. « Tous ces résultats nous confirment que nous réussissons bien, estime M. Bandzierz. Notre organisme est relativement modeste et notre personnel est excellent. Je suis ici depuis six ans et, selon moi, la plupart sinon tous nos agents considèrent leur travail davantage comme une mission que comme un simple emploi. Nous sommes là pour aider monsieur et madame tout-le-monde et notre taux de réussite démontre que nos efforts ne sont pas vains. » En ce qui concerne l’industrie touristique du Nord, M. Grindlay se dit optimiste quant au potentiel du bureau d’EAC à Yellowknife. Ce nouveau bureau « facilitera considérablement » la commercialisation des programmes et initiatives, les rencontres avec les clients et le lancement des entreprises. Son constat est d’ailleurs confirmé par une analyse de l’écart menée actuellement par son organisation auprès des organismes locaux et d’EAC. « Entreprise autochtone Canada fait partie intégrante de ce processus, affirme M. Grindlay. L’information peut servir à mettre sur pied d’autres programmes dans la région. » John Cooper (tymelco@sympatico.ca) est un journaliste-pigiste établi à Whitby, en Ontario.
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