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Novembre 2008
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De la recherche à la mise en marché

La Fondation canadienne pour l’innovation accroît son financement du développement technologique dans les universités canadiennes.

par John Cooper

Toute économie axée sur le savoir repose essentiellement sur l’innovation et, donc, sur les personnes capables d’innover. À ce titre, toute mesure qui permet de garder au Canada les éléments talentueux pour qu’ils y fassent des découvertes constitue un investissement intelligent en termes de développement économique. C’est pourquoi lorsque la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI) a annoncé en fin d’année dernière qu’elle allait injecter 18,6 millions de dollars dans 87 projets de 31 universités à l’échelle nationale, la nouvelle a été très bien accueillie.

L’objectif de ce programme est d’attirer plus de 115 chercheurs de premier ordre et de créer des technologies novatrices facilement commercialisables. La FCI se prépare en outre à mettre 300 millions de dollars à la disposition des meilleurs chercheurs des établissements canadiens au cours des quatre prochaines années.

Lutter contre la fuite des cerveaux

Organisme autonome créé en 1987, la FCI a été mise sur pied pour aider les universités à réaliser le potentiel de recherche et de commercialisation de leurs innovations technologiques. Son objectif constant : transformer l’émigration intellectuelle tant redoutée en immigration intellectuelle. L’exode de chercheurs de pointe formés au Canada vers des universités américaines ou internationales a longtemps été pointé du doigt (surtout dans les années 1970 et 1980) comme la cause du déficit en chercheurs de talent au pays. À l’époque, les universités canadiennes étaient incapables de lancer de tels projets en mesure d’attirer des chercheurs internationaux au pays.

La création de la FCI a changé la donne. « Le but de la Fondation est d’accroître la capacité de la recherche canadienne et d’améliorer la compétitivité des universités », explique Eliot Phillipson, président et directeur général de la FCI. La Fondation participe au financement d’infrastructures (laboratoires, équipements et bâtiments) que les universités, les collèges et le secteur privé peuvent utiliser afin de transformer une recherche de calibre mondial en un produit prêt pour le marché.

La FCI alloue des fonds selon un système « rigoureux et fondé sur le mérite », de bien préciser Eliot Phillipson. « Une fois un projet approuvé, nous avons la possibilité de financer jusqu’à 40 % du coût des infrastructures », ajoute-t-il. Les gouvernements provinciaux versent pour leur part 40 %, et l’établissement contribue à hauteur de 20 %, souvent à l’aide de fonds de dotation, de donateurs ou de partenaires du secteur privé. Le financement annoncé récemment comporte deux volets : 14,3 millions de dollars dans le cadre du Fonds de relève de la FCI et 4,3 millions de dollars dans le cadre d’un programme de démarrage intitulé Fonds d’exploitation des infrastructures.

Essaimages et redevances

À ce jour, la FCI a versé 2,9 milliards de dollars pour plus de 4 000 projets dans 127 établissements d’enseignement à l’échelle du Canada, couvrant une vaste gamme de projets scientifiques commercialisables : génie, sciences vétérinaires, agriculture, soins de santé, etc. Cet investissement a engendré un apport complémentaire du secteur privé de 7,9 milliards de dollars et le soutien de la FCI a débouché sur le dépôt de 270 brevets et la création de 40 entreprises. Pour Eliot Phillipson, 1997 restera une année marquante, car depuis, le gouvernement fédéral canadien affiche des surplus budgétaires qui se sont traduits par des investissements accrus dans les technologies.

Un exemple d’établissement devenu une pépinière, tant en termes de recherche scientifique que de création d’entreprises, est l’Université de la Colombie-Britannique (UBC). Selon Brian Lin, coordonnateur des communications de l’UBC, le bureau de l’université chargé des relations entre l’université et le secteur professionnel collabore avec des professeurs et des partenaires du secteur privé pour que l’UBC obtienne des brevets, favorise l’essaimage d’entreprises, mette des technologies à la disposition des partenaires du secteur privé et perçoive des redevances.

Selon Don Brooks, vice-président associé de la recherche à l’UBC, l’apport de la FCI au potentiel de recherche de l’université est inestimable.

« Les investissements de la FCI ont transformé la capacité de l’UBC à effectuer des recherches d’avant-garde et des investigations scientifiques, explique-t-il, et nous ont permis de nous classer, à l’échelle mondiale, parmi les 35 premières universités particulièrement orientées vers la recherche. Grâce à ces investissements, nous avons également pu attirer sur notre campus certains des jeunes universitaires les plus brillants du monde occidental. »

L’UBC est ainsi la première université canadienne pour le nombre de brevets accordés aux États-Unis (elle occupe le 11e rang en Amérique du Nord à ce titre), et elle a créé 117 entreprises par essaimage. L’an passé, l’UBC a investi 343 millions de dollars dans le financement de la recherche et tiré un revenu de 16 millions de dollars de l’octroi de licences en matière de technologie. Au nombre des projets phares de l’UBC, mentionnons Visudyne, traitement de pointe contre la cécité liée à l’âge, commercialisé par une entreprise dirigée par des chercheurs de l’UBC, Web CT, outil de formation par Internet destiné aux étudiants, et Neuromed Technologies, entreprise essaimée de l’UBC qui met au point et commercialise des médicaments contre les douleurs chroniques.

Selon Eliot Phillipson, de tels projets de recherche multidisciplinaires parrainés par la FCI, qui allient souvent des domaines aussi différents que le génie et les beaux-arts, sont possibles parce que la mission de la Fondation les embrasse tous.

Infrastructure locale

L’annonce faite l’année dernière est aussi synonyme de renouvellement, puisque l’organisme est sur le point de remplacer son Fonds de relève qui existe depuis sept ans; réussite exemplaire en lui-même, ce fonds a contribué à faire venir plus de 3000 chercheurs au Canada depuis 1998.

« Le Fonds de relève a permis au Canada de recruter les chercheurs les plus qualifiés du monde, indique Eliot Phillipson. En offrant une infrastructure de pointe, nous nous assurons de rester à l’avant-garde de l’économie mondiale du savoir. »

Le Fonds de relève sera remplacé par le Fonds des leaders, dont le budget pour 2006-2010 s’élève à 300 millions de dollars. Comme le Fonds de relève, le nouveau fonds aura pour but d’attirer des chercheurs de calibre mondial dans les universités canadiennes et de promouvoir la recherche commercialisable dans les établissements de tout le pays.

Globalement, la FCI répond à un besoin marqué d’aide pour des infrastructures locales. D’après Eliot Phillipson, les établissements d’enseignement étaient désavantagés car les chercheurs avaient besoin d’équipements, dont les coûts se situent entre 200 000 $ et 500 000 $. Ils souffraient par ailleurs d’un handicap par rapport aux universités américaines, qui passent rapidement de la recherche à la commercialisation.

Le Fonds des leaders est un mécanisme que chaque institution peut utiliser pour recruter des professeurs; en outre, il permet de répondre rapidement aux besoins en personnel de l’institution.

Il est largement admis que la FCI a rendu le recrutement d’universitaires plus équitable. « Au cours de la dernière année, indique Eliot Phillipson, les universités ont recensé 3000 nouveaux professeurs utilisant l’infrastructure de la FCI. De ce nombre, 1200 (soit 40 %) sont originaires d’un autre pays que le Canada. Il s’agit d’un renversement de la tendance à la fuite des cerveaux et cela signifie que nous pouvons faire concurrence aux meilleures institutions mondiales. »

Le transfert des technologies : un sport de contact

Comme à l’UBC, un grand nombre de chercheurs sont capables de transférer leurs découvertes dans une entreprise qu’ils créent eux-mêmes, dans le cadre de leur établissement d’accueil. Le potentiel de transfert à des entreprises essaimées est élevé. En voici quelques exemples : essai de microsystèmes pour la téléphonie cellulaire à l’Université de Toronto, mise au point d’appareils portatifs photoacoustiques à l’Université de Windsor pour tester les soudures dans l’industrie automobile, amélioration de la nutrition animale pour l’industrie laitière à l’Université d’Alberta et optimisation du rendement des cultures au Collège d’agriculture de la Nouvelle-Écosse.

Ce potentiel a aussi stimulé la collaboration entre les établissements de recherche et le secteur privé — plus de 2200 chercheurs externes ont bénéficié d’installations technologiques financées par la FCI.

Le centre de rayonnement synchrotron de l’Université de la Saskatchewan, situé à Saskatoon, est un bon exemple d’installations financées par la FCI et utilisées par des partenaires privés. Ce centre permet de produire de la lumière afin de déterminer la nature chimique et la structure moléculaire des matières; il peut servir à mettre au point aussi bien de nouveaux médicaments, de nouvelles puces d’ordinateur, des lubrifiants de moteur plus performants ou des techniques d’imagerie médicale plus efficaces.

« Un quart du temps d’utilisation du synchrotron est réservé aux partenaires du secteur privé, indique Eliot Phillipson. Saskatoon devient ainsi un pôle scientifique et un lieu de rassemblement pour les chercheurs du secteur public et du secteur privé qui travaillent de concert et échangent librement des informations. »

Eliot Phillipson compare le transfert des technologies à un vrai sport de contact. « Plus il y a d’interactions quotidiennes entre les chercheurs et les entrepreneurs, plus les besoins du marché et les offres scientifiques ont des chances de concorder, explique-t-il. S’il n’y a pas de clients, il n’y a pas de besoins à satisfaire. Il faut une université qui fasse connaître une découverte et un marché qui trouve des façons d’exploiter et de mettre en œuvre cette découverte.

« Cette interaction a un effet d’entraînement sur le secteur privé et désormais on prête vraiment attention à la recherche canadienne. »

John Cooper est un rédacteur pigiste établi à Whitby, en Ontario.

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