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Chroniques Les services Internet changeront-ils la donne? L’exploitation des logiciels en ligne n’est pas une nouvelle tendance, mais elle ne s’est pas généralisée à l’ensemble du parc informatique. Cela pourrait bien changer en 2006. par Jacob Stoller
Dans une note de service datée du 10 octobre dernier et rendue publique, Ray Ozzie écrivait : « Nous voilà en 2005 et l’environnement a de nouveau changé, cette fois-ci en fonction de la notion de services. Les technologies de l’informatique et des communications se sont radicalement et progressivement améliorées, garantissant dorénavant la viabilité d’un modèle fondé sur les services. » Cette évolution est inévitable, affirme-t-il, car les utilisateurs et les entreprises sont « de plus en plus attirés par la simplicité des services et des logiciels que l’on exploite en ligne ». Il s’agit ici de ressources qui ne résident pas sur le disque dur, mais plutôt sur un serveur auquel on a accès par Internet. La simplicité de ce modèle tient au fait que l’utilisateur n’a pas à se soucier de l’installation ni de la maintenance des applications. L’approche à base de services existe déjà depuis environ une décennie. La société Salesforce.com fut l’une des pionnières les plus reconnues dans ce domaine, tandis que de grands fournisseurs comme SAP et Oracle ont permis de généraliser le concept. Dans le secteur des applications d’entreprise, comme les progiciels de gestion intégrée (ERP) et de gestion de la clientèle (CRM), l’approche à base de services fournit aux entreprises des ressources très spécialisées qu’elles ne pourraient pas se payer autrement. Jusqu’à tout récemment, on considérait que cette approche n’était pas viable pour l’ordinateur de bureau, mais deux éléments nouveaux ont changé la donne. Le premier concerne la multiplication soudaine des utilisateurs ayant accès à Internet haute vitesse, dont le taux de pénétration au Canada est le deuxième plus élevé à l’échelle mondiale. Le second porte sur un ensemble de technologies regroupées sous l’acronyme AJAX (Asynchronous Java-script et XML, langage de balisage extensible). La technologie AJAX permet essentiellement à l’utilisateur d’exploiter une application à distance, tout en réduisant au minimum la quantité d’information qui doit circuler aller-retour. Le délai de propagation, soit le temps qui s’écoule, par exemple, entre le moment où l’on appuie sur une touche et celui où s’affiche la réponse à l’écran, est à peu près nul. À première vue, la différence peut paraître subtile, mais elle est très significative car elle donne à l’utilisateur cette sensation d’exploitation locale qui fut à l’origine même de la popularité du PC. L’écart étant ainsi comblé, il se peut que des millions d’utilisateurs soient maintenant attirés par les services en ligne, qui remplaceront les logiciels qu’ils devaient auparavant installer sur leurs machines. Un succès nouveau genre Des gens ayant l’esprit d’entreprise se lancent dans l’aventure. Une entreprise qui semble susciter beaucoup d’intérêt, Upstartle, propose un logiciel de traitement de texte en ligne appelé Writely (www.writely.com). Actuellement, le logiciel Writely est offert gratuitement dans le cadre d’une période de mise à l’essai prolongée, au cours de laquelle l’entreprise recueille les commentaires des utilisateurs. Writely allie les fonctions de base d’un traitement de texte à plusieurs caractéristiques géniales, notamment la possibilité de publier un texte directement sur un blogue ou un site Web. Mais son plus net avantage tient à la facilité de partager les documents. (À titre expérimental, j’ai moi-même utilisé Writely pour soumettre cet article.) Fidèle à l’approche à base de services, Upstartle s’efforce actuellement de mettre au point des fonctions totalement novatrices. « Nous tentons de résoudre un problème qu’une application centrée réseau n’aura aucun mal à régler, explique le vice-président au marketing, Jen Mazzon. Par exemple, bien des utilisateurs pressent fréquemment Upstartle d’offrir un tableur. « Est-il justifié, s’interroge Jen Mazzon, de concevoir une application totalement distincte et réservée aux feuilles de calcul? L’une des options dont nous avons discuté consisterait à appliquer des fonctions de type tableur à des tableaux, ce qui permettrait d’intégrer des mini-feuilles de calcul dans un document Writely. Quand les gens nous répondent qu’ils veulent des feuilles de calcul, nous leur demandons de nous préciser la nature de leur besoin. » Incidemment, on trouve sur le Web un logiciel de tableur en ligne appelé Numsum. Parmi les autres services en ligne disponibles, citons le courrier électronique (Zimbra) et un logiciel de gestion collaborative d’agenda (Trumba). Ajouter de la valeur chez Microsoft Tous les yeux se tourneront vers Microsoft à mesure que les services en ligne poursuivront leur percée sur le marché des ordinateurs de bureau. On note l’émergence de deux services, soit Windows Live et Office Live, qui serviront à bonifier les fonctions actuelles de Windows et de Microsoft Office, mais il n’y a pour l’instant aucun changement radical d’approche en matière de prestation de services. « À ce stade-ci, nous nous en tenons à notre principale méthode de distribution de logiciels, explique Owen Sagness, vice-président chez MSN Canada. Ce qu’il faut retenir, c’est que Microsoft Live est un complément, un élément qui ajoute de la valeur à l’expérience logicielle des utilisateurs actuels. » À l’instar de Upstartle, Microsoft entend recourir abondamment aux logiciels en version bêta pour solliciter les commentaires des utilisateurs. « Nous allons utiliser le modèle du carré de sable, explique Owen Sagness, qui consiste à diffuser largement une version bêta du logiciel pour ensuite recueillir beaucoup de commentaires de la part des utilisateurs. De plus, nous avons défini des critères élevés de qualité et de convivialité, et nous ne commencerons à livrer le logiciel que lorsque ces critères auront été satisfaits, à la lumière des commentaires obtenus auprès des nombreux utilisateurs de partout dans le monde qui auront eu l’occasion d’exploiter le logiciel dans sa version bêta. » En ce qui concerne l’aspect important des revenus, Microsoft entend miser sur la publicité. Les discussions se poursuivent quant à savoir de quelle façon tout cela sera mis en œuvre, mais Owen Sagness n’écarte pas la possibilité d’une entente par laquelle les utilisateurs pourraient volontairement déterminer le type d’information qu’ils aimeraient recevoir de la part des annonceurs. Il ne s’agirait pas pour autant de techniques agressives : la sélection pourrait servir à déterminer le contenu publicitaire qui s’affichera sur les sites Web visités régulièrement par l’utilisateur. Ainsi, au lieu de voir une annonce d’assurance vie sur votre site de nouvelles locales, vous pourriez voir s’afficher l’annonce du plus récent CD de votre artiste préféré. « Selon nous, bon nombre de consommateurs souscriront volontairement à une telle entente parce qu’ils veulent voir de l’information qui les intéresse lorsqu’ils naviguent sur Internet. Mais cela ne serait pas obligatoire. » Simplifier les TI en entreprise Pour sa part, Upstartle prévoit offrir un niveau de services facturables conçus pour les utilisateurs en entreprise. L’un de ces services, lancé gratuitement dans le cadre de la version bêta, permet la conversion de documents au format PDF. On étudie aussi la possibilité d’offrir un service de niveaux d’autorisation variés, qui permettrait de sauvegarder la confidentialité des documents partagés. Par exemple, un document pourrait ne pas être partageable avec des adresses courriel extérieures à l’entreprise. Cependant, selon Jen Mazzon, le produit grand public restera gratuit. Cette façon de susciter son omniprésence n’est pas sans rappeler la démarche d’Adobe, qui distribue gratuitement son produit Acrobat Reader. La société Microsoft n’a pas expliqué clairement de quelle façon elle entend rentabiliser son approche « services » auprès des entreprises (la publicité axée sur le consommateur n’étant probablement pas appropriée dans ce cas), mais selon Owen Sagness, on s’emploie à réduire la complexité inhérente à la gestion d’un service des TI. « Je crois bien que nous commencerons par proposer des solutions qui, en permettant de réduire la complexité, constitueront un avantage marqué pour la petite entreprise. Des solutions ayant trait au partage des documents et au fait de ne plus avoir à mettre en place sa propre infrastructure de serveurs, ni à embaucher toute une équipe pour s’en occuper. Des choses comme une infrastructure de courrier électronique. » Jacob Stoller (jacob@stollerstrategies.com) est un auteur et chercheur indépendant, établi à Toronto. |