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Chroniques Le rôle appréciable du Canada au sein d’un FMI en déclin Les changements survenus dans le paysage financier international — la montée de l’Union européenne, l’instabilité de l’économie américaine — mettent le FMI à l’épreuve. par John Cooper
Au fil des ans, on a reconnu au FMI le mérite d’avoir contribué au développement de petits pays et à la stabilisation de l’économie mondiale. Mais on lui a aussi reproché d’être une entité au sein de laquelle les grandes puissances imposaient leur joug économique aux moins bien nantis. Globalement, le Fonds a permis au Canada de donner l’exemple en matière de politique budgétaire. Selon les analystes, le Fonds serait peut-être aussi victime de son succès; aujourd’hui, devant la transformation de l’environnement financier international, plusieurs remettent en question l’utilité du FMI, ou se demandent s’il n’a pas tout simplement besoin de faire peau neuve. L’automne dernier, le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, appelait l’organisation à « réduire ses effectifs ou à disparaître » pour s’adapter à l’évolution des marchés mondiaux. Conçu dans le cadre de la Conférence monétaire et financière des Nations Unies tenue à Bretton Woods (New Hampshire) en juillet 1944, où 45 pays s’étaient réunis pour établir un plan mondial de coopération économique, le FMI a vu le jour officiellement en décembre 1945. Il travaille en étroite collaboration avec des organismes comme la Banque mondiale (fondée la même année) à réduire la pauvreté en haussant le niveau de vie et en faisant la promotion du développement durable. Soixante-trois ans plus tard, le FMI compte 185 pays membres, soit la quasi-totalité des États du monde. Au siège du FMI à Washington, des groupes d’experts déplacent des capitaux comme des pièces sur un échiquier. Les 2 600 employés originaires de 143 pays administrent des quotes-parts de 352 milliards de dollars, un encours de prêts de 17 milliards de dollars et un fonds global de 157 milliards de dollars. Le FMI détient également 103,4 millions d’onces d’or évaluées à 9,2 milliards de dollars; ses avoirs en or se chiffrent à 95,2 milliards de dollars. Aujourd’hui, le FMI exerce ses activités depuis un bâtiment semblable à beaucoup d’autres situé à quelques rues de la Maison-Blanche, dans une ambiance de travail décrite par les analystes comme l’une des bureaucraties les plus efficaces du monde. Il faut faire preuve de discipline quand vient le temps d’assurer la croissance équilibrée du commerce international, de favoriser la stabilité et de mettre des ressources à la disposition des pays membres. Dans ses efforts visant à promouvoir la coopération monétaire internationale, le FMI contribue à établir un système multilatéral de paiements, œuvre à résoudre les crises qui se présentent et cherche à réduire la pauvreté en offrant une assistance technique, des prêts et des mécanismes de surveillance (l’examen des économies des pays membres). On pourrait l’assimiler à une coopérative de crédit internationale : les membres lui versent une cotisation, et ils peuvent faire appel à lui s’ils ont besoin d’aide financière. La « monnaie forte » utilisée par le FMI — euro, yen ou dollar — est nécessaire pour de nombreuses transactions internationales. Tous les pays membres contribuent au système de quotes-parts; celle du Canada s’élève actuellement à 300 millions de dollars US — à titre comparatif, les États-Unis versent 2,75 milliards de dollars, le Royaume-Uni, 1,3 milliard de dollars et la Chine, 550 millions de dollars. Les membres peuvent puiser dans ce fonds quand ils ont des difficultés à rembourser leurs emprunts, et avoir recours aux ressources du FMI pour utiliser les devises d’autres membres en échange d’un montant équivalent de leur propre monnaie. Un membre rachète les avoirs du fonds en sa propre monnaie dans les monnaies d’autres membres selon des délais fixés et moyennant des intérêts; de cette manière, un pays membre se voit octroyer un crédit de la part des autres membres. Le FMI est surveillé par un Conseil des gouverneurs où sont représentés tous les membres et qui se réunit une fois l’an; les 24 gouverneurs qui composent le Comité monétaire et financier international se rencontrent deux fois par année, tandis qu’un conseil d’administration constitué de 24 membres a un œil sur la gestion quotidienne. Le rôle du Canada Chaque année, le FMI procède à un examen approfondi de l’économie de chaque pays membre, indiquant aux dirigeants du pays si leurs politiques contribuent à la stabilité extérieure et interne de celui-ci et leur conseillant des mesures à prendre pour corriger la situation — l’objectif étant de mener une analyse transparente des forces d’un pays en matière budgétaire. Le rapport du FMI sur le Canada, publié à la fin de février, souligne « la capacité de l’économie canadienne à s’adapter avec souplesse aux chocs défavorables et note que la solide situation financière du Canada lui confère une position enviable pour affronter les défis économiques », peut-on lire dans un communiqué du ministère fédéral des Finances. « Le Canada se flatte de jouer un rôle de conciliateur parmi les membres [du FMI] et de présenter des idées novatrices pour répondre aux défis en constante évolution auxquels le FMI a dû faire face au cours de son histoire », affirme David Gamble, directeur intérimaire de la Division des affaires publiques et des opérations à Finances Canada. « Plus récemment, le Canada a joué un rôle de premier plan en appuyant les réformes de la structure de gouvernance du FMI et de son mode de surveillance économique des pays membres, dans le but de préserver l’efficience, la légitimité et la crédibilité du Fonds à long terme. » Ses efforts ont-ils porté leurs fruits? Les analystes estiment que le poids de l’influence du Canada a été beaucoup plus important que sa contribution financière. Selon Glen Hodgson, premier vice-président et économiste en chef du Conference Board du Canada, qui a représenté le Canada au FMI durant quatre ans pendant les années 1980, le FMI est « une formidable organisation ... et quand de formidables organisations internationales perdent leur raison d’être, il est difficile de mettre un terme à leurs activités. Le Canada a toujours eu un apport important au FMI sur le plan du capital humain. Les gens ont parfois l’impression que l’influence du Canada diminue à l’échelle internationale, mais ce n’est pas ce dont j’ai été témoin. » Toutefois, les mutations que connaît la scène financière internationale — la montée de l’Union européenne, l’émergence des pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) et le fléchissement de l’économie américaine — peuvent entraîner des changements. « Dans le passé, le FMI a joué un rôle majeur en tant qu’influence stabilisatrice, explique Joseph D’Cruz, professeur de gestion stratégique à la Rotman School of Management de l’Université de Toronto. Aujourd’hui, ce n’est plus autant le cas, notamment en raison de la réaction négative des pays en développement : ils estiment que les mesures qu’ils ont été contraints de prendre [les emprunts passés] étaient draconiennes. Avec les pays du BRIC qui prennent de l’importance sur la scène mondiale, on se questionne sur le rôle du FMI. » Glen Hodgson soutient que le FMI est arrivé à un stade où il doit se réinventer : devant la diminution de son activité, il prévoit ainsi supprimer de 300 à 400 postes. L’organisme a néanmoins de notables réalisations à son actif : la Turquie, les Philippines, la Géorgie et le Botswana sont tous des exemples d’interventions réussies du FMI. « Beaucoup de pays ont suivi les recommandations du FMI et ont adopté des politiques monétaires souples, poursuit Glen Hodgson. Le Fonds a toujours eu ses détracteurs, mais je crois sincèrement qu’il est plus important d’avoir un paratonnerre à l’extérieur d’un pays que d’alimenter un débat interne où chacun blâme l’autre au sein même du pays. Victime de son succès, le FMI a pris de l’expansion, mais ses activités de prêt ont considérablement diminué. La question est maintenant de savoir s’il peut se réinventer et donner du poids à des marchés en expansion et s’il peut redistribuer le pouvoir afin qu’il ne soit pas le seul apanage du G7. » Selon Joseph D’Cruz, la contribution du Canada s’opère sur deux plans. « L’influence du Canada sur le FMI vient surtout de l’exemple qu’il donne. Nous avons des budgets équilibrés — nous sommes l’un des chefs de file dans ce domaine — et de cela découle un second champ d’intervention, celui de la persuasion morale. Étant donné son excellente gestion budgétaire, le Canada peut exercer son influence et ce rôle a un poids plus grand que sa contribution financière. Le Canada incarne la voix de la modération et, à certains égards, il fait contrepoids aux États-Unis, qui ont une attitude plus insistante — rôle que déplorent parfois certains pays. » Les programmes d’ajustement structurel du FMI — des cibles prédéterminées servant de fondement aux prêts — ont souvent été jugés inéquitables car ils empêcheraient une lente stabilité sociale et conduiraient à un accroissement de la pauvreté. Mais à ces reproches, Glenn Hodgson rétorque : « Il y aura toujours des critiques : les gens de gauche soutiennent que les modalités de remboursement sont trop sévères, tandis que les gens de droite croient que l’intervention du Fonds a nui aux marchés de capitaux. » Glen Hodgson ajoute que le Canada a toujours affecté les économistes les mieux qualifiés au FMI. « Habituellement, nos représentants ont fait des études supérieures en macroéconomie; ils sont très compétents et très engagés. Tous s’interrogent sur l’avenir du FMI et la vraie question est : “Le monde a-t-il changé au point que nous n’ayons plus besoin aujourd’hui de cette protection?”. Il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain. » John Cooper est un rédacteur pigiste établi à Whitby, en Ontario. |